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    Carton plein

     

    Soirée jeux entre célibataires dans une petite association. Nous ne sommes plus que sept autour de la table avec un Privacy.

     

    La règle est simple : affirmer ou nier (anonymement) selon son expérience personnelle puis tenter d’estimer combien de joueurs ont répondu oui à la question posée.

     

    On ne se connaît pour la plupart que de vue mais, en fonction de l’âge (de 23 à 50 ans), du sexe, de sa façon d’être… et des réflexions à propos des questions précédentes, il n’est pas trop difficile de marquer des points.

     

    Pourtant, à la question : « Est-ce qu’à un moment de la soirée, vous avez ressenti quelque chose pour l’une des personnes présentes à cette table ? », je dois dire que j’ai été surprise : 6 oui pour 1 non. Sachant que c’est moi qui ai mis le non…

     

    Depuis, je me pose des questions. Est-ce qu’à chaque rencontre, quelle qu’elle soit, une attirance peut naître ? Combien d’opportunités gâchées par manque d’assurance, par timidité, par bienséance ? Est-ce que la répartition est équitable ou est-ce que les trois garçons ont flashé sur la même fille (ou les trois autres filles sur le même homme) ? Finalement, est-ce qu’on ne pense tous qu’à ça ?

     

    Musiques !

     

    Ça pourra être nettement plus festif l’année prochaine mais cette année, la fête de la musique c’est encore en semaine. Quand on travaille le lendemain, c’est mieux de ne pas se coucher trop tard et de boire modérément.

    Pas grave, j’en ai vu pas mal des concerts ces derniers mois :

            - de l’excellent métal symphonique (Benighted Soul de Nancy),

            - du heavy metal (St Sad de Besançon),

            - du modern metal (Darwin’s Theory de Nancy), très moyen,

            - de l’electro ambient à écouter en boucle (Akor de Metz),

            - du goth rock suisse (Troïka)

            - et du Dark Wave suisse (Irrlicht), mieux,

            - du métal à éviter absolument (Fear’s Dawn de Nancy),

            - du fugazzi (Papier Tigre de Nantes), faut aimer,

            - du death metal qui dégage (Yayeth Corpse de Nancy),

            - du metal atmosphérique (Olympus Mons de Bordeaux), succulent,

            - du progressive metal (Logruss de Nancy), délirant,

    et probablement d’autres que j’ai oublié. De ces petits concerts entre 4 et 8 euros l’entrée, voire  gratuit (et quelquefois on est content de ne pas avoir payé pour ça !), qui s’écoutent devant une bière.

    J'ai raté (échappé à ?) Tokyo Hotel : je devais y accompagner fille seconde mais elle a vendu ma place à une de ses copines (et elle a gardé les sous aussi accessoirement !). Il ne m'est resté que le rôle de chauffeur.

     

    Et puis il y a eu Marilyn Manson. Un autre tarif mais surtout une autre dimension.

    Ça se passait au Rockhal, une salle récente dotée d’une excellente acoustique, construite sur un site industriel abandonné, on y accède en longeant à pieds une immense usine désaffectée qui se profile dans la pénombre et met tout de suite dans l’ambiance.   

    Un groupe luxembourgeois aux relents de Deep Purple en première partie, suivi de plus d’une heure d’attente en musique (le temps d’installer la scène je suppose), une courageuse agente de sécurité passant dans la foule de plus en plus compacte pour rappeler gentiment aux contrevenants qu’il ne faut pas fumer (!)… et enfin le rideau se lève sous les hurlements et sur un gros soleil levant rouge sur grand écran et des dizaines de bougies de chaque côté éclairant péniblement la scène blindée aux fumigènes !

    Dans le genre icône du « sex, drugs & rock’n roll », Marilyn Manson est en bonne place : déclarations chocs, prestations scéniques impressionnantes et mode de vie décadent comme ils disent… je m’attendais à tout mais finalement, rien. Limite décevant. Un petit coup de vieux la star ? Non en fait pas décevant du tout : un charisme énorme, une voix à frissonner (si si !), un véritable moment de plaisir. Bon, fallait quand même faire l’impasse sur les violentes effluves lorsque tout le monde lève les bras en même temps et le seul moyen de bouger dans le rythme c’était à la verticale. Mais qu’à cela ne tienne, tant pis pour la classe et l’élégance, j’ai sauté, j’ai hurlé, j’ai transpiré, j’ai adoré !

     

     

     

     

    Dans le coin vidéo (en haut à gauche), mObscene filmé par le Corbac mon accompagnateur.

    Et , l’avant-dernière interprétation avec lancé de confettis dans la salle (cela s’appelle-t-il toujours du confetti quand il s’agit de bandelettes ?). Le son est tout pourri mais c'est pour l'image.

     

     

     

    L'espace d'un instant

    Il est des moments qui se prêtent plus que d’autres aux épanchements. Comme cette nuit. Nous étions quatre. Quatre à disserter sur la vie.

     

    En ville tout à l’heure, devant les bières, c’était les dernières nouvelles d’amis communs et les blagues du moment, pas toujours très fines, rarement correctes. Surtout si on me demande ce que je fais dans la vie. Ça fait toujours rire proctologue. Immanquablement, ça console de faire un métier de merde... il y a donc pire ! Et puis, je ne sais par quelle association d’idée, la constitution est arrivée sur le tapis. Deux contre deux. Chacun campant sur ses positions avec des idées bien arrêtées sur la chose. Pour finir par convenir à peu près que chacun a des arguments valables. N’empêche que.

    À l’heure légale, le patron nous a jeté. Nous avons déplacé nos paroles et nos corps jusque chez moi. Devant quatre cocktails. Trois classiques, une création. J’ai toujours eu une préférence pour la nouveauté. C’est après le deuxième verre, quand la physiologie vésicale comme dit Luc nous rappelle à l’ordre, qu’on se rend compte qu’il est plus sage de rester assis. Et que toutes ces barrières qu’on se construit, de plus en plus hautes à chaque jour qui passe, fondent dans les vapeurs d’alcool.

     

    C’était à propos d’un copain. Il ne va pas très bien. Mais il a choisi de s’isoler. Ne plus communiquer. Moi j’ai encore de ses nouvelles quelquefois, très peu. Juste via l’écran. Mais mon ami, plus rien. Et il culpabilise. Parce qu’il ne peut rien faire pour l’aider. Parce que, quand lui allait mal, il a été là. Il a pris du temps pour lui. Et il ne peut pas lui renvoyer l’ascenseur. Chacune de ses tentatives se solde par une fin de non recevoir. Il refuse son aide. Ça le rend triste. Se reproche d’être impuissant. Alors qu’il sait, peut-être plus que tout autre, combien il est important de n’être pas seul.

     

    Sauf que ça ne fonctionne pas obligatoirement en circuit fermé. Ce que l’on donne n’est pas toujours rendu par celui à qui on a donné, mais peut l’être par une autre personne complètement extérieure au premier geste. Et c’est mieux ainsi. Pas d’obligation. Quand on a été aidé, il devient naturel, presque nécessaire, d’aider à son tour. Il n’est pas besoin d’attendre que l’autre soit dans les problèmes, il y a assez de souffrance autour de nous pour faire rebondir les gestes d’amitié. Le ricochet va plus loin que le ping-pong.

    Mon ami se révolte. Il a été aidé par plusieurs personnes, les en a remercié d’ailleurs il n’y a pas si longtemps, leur a dit combien leurs petits gestes avaient été importants. Mais, bon sang, lui, qu’est-ce qu’il a fait pour les autres ? Rien.

     

    Et bien si. Beaucoup. Et sans s’en rendre compte d’ailleurs. Mon voisin de gauche lui remet en mémoire son après-divorce. Une période très difficile pour lui. Il ne savait plus où il en était. Mon ami l’a invité à voir Iron Maiden en concert. Il savait que ça lui plairait. Ils y sont allés ensemble, juste tous les deux. Ils ne se sont guère parlés. Mais ils ont partagé les mêmes émotions, le même bonheur d’être là. Il n’était plus tout seul. « Oui, mais c’était normal ! Je n’ai rien fait d’extraordinaire ! ». Non, c’est vrai, rien d’extraordinaire. Et pourtant tellement pour lui. C’est à partir de ce moment là qu’il a réussi à remonter la pente. Il ne le lui en avait jamais parlé. N’empêche que.

     

    Le jour se levait. Chez moi, deux hommes sont tombés dans les bras l’un de l’autre, larme à l’œil. Quelques verres et la fin de la nuit ont brisé ces barrières que l’on construit autour de ses sentiments, chaque jour un peu plus hautes. Tout à l’heure, elles reprendront leur place. Mais l’espace d’un instant, les choses auront été dites.

     

    Chez Paulette

    Ce soir, invitée à aller voir Louis Bertignac en concert chez Paulette. Pour ceux qui ne sont pas du coin, c’est un bistrot de village qui se métamorphose en scène rock certains soirs. Invitée, disais-je, par un inconnu. Juste trois jours pour trois échanges épistolaires via le clavier, un mail pour lancer l’invitation et une photo histoire de me faire une idée de la tête de mon chauffeur, c’est tout. Rapide la décision. Je ne sais que peu de choses sur lui : grand, beau (c’est ce qu’il dit en tout cas), marié, père de deux enfants, prof et motard. Ça me suffit pour accepter une première rencontre qui a le mérite de changer du classique café en ville.

     

    Le téléphone sonne. Un bisou à ma fillotte qui me promet d’aller au lit sans traîner et je grimpe dans la voiture qui m’attend. Belle voiture. Enfin, je n’y connais pas grand-chose en voiture mais j’ai plein de place pour étendre mes jambes et deux accoudoirs, c’est un signe, non ? Il ressemble à sa photo, c’est déjà ça. Pas de quoi poser pour un calendrier. Conduite nerveuse, de celles qui font grimper les scores de la consommation. À ma demande, me précise qu’il ne lui manque qu’un point sur son permis. Et s’étonne. Pour une motarde… Oui, sauf qu’en voiture, moi je suis plutôt zen, le défoulement, je ne le fais que sur deux roues. C’est surtout que je regrette un peu les apéritifs que je me suis servie avec ma copine juste avant. D’avoir mangé trop vite aussi vu que l’apéro avait traîné un peu en longueur. Mon estomac manifeste méchamment sa présence. La crainte de lui dérouler mon menu sur les sièges le calme un peu. Nous parlons de tout et de rien. D’internet, de musique, de chats, de moi, mais il ne révèle rien ou presque de sa vie.

     

    Arrivés à Pagney. Je constate qu’effectivement il est grand. Ma tête arrive tout juste à son épaule. Ça me plaît bien. Je retrouve avec plaisir la bière servie dans de grands gobelets plastiques transparents. Ça faisait deux ans que je n’étais pas revenue ici. La salle de concert à côté est à moitié pleine. On essaye de se trouver un angle de vue dégagé sur la scène. Enfin moi surtout, parce que lui, de sa hauteur, il peut bien se placer n’importe où ! Les gens continuent à affluer. Derrière nous, la salle se remplit. On commence à être un peu tassés. Puis bousculés par les derniers arrivants qui ne veulent pas se satisfaire d’être trop loin. Passent devant. Forcent le passage. Souvent avec une ou deux bières dans les mains.

     

    Il se fait interpeller par une blonde sympathique. Il nous présente. C’est Françoise. J'apprendrai plus tard que c'est une ex. Et entame avec elle une discussion, dont je ne peux pas faire partie, sur le bon vieux temps, ça fait longtemps dis donc, qu’est-ce que tu deviens, et tes enfants, etc. La musique du DJ couvre leurs paroles. J’ai perdu l’accès visuel à la scène depuis un moment. Je me prends à imaginer une mini guillotine de concert qui tiendrait dans mon sac. Un truc qui enlèverait de façon simple et rapide toutes les têtes de devant. L’imagination dérape. Têtes pendantes, raccrochées quand même à quelque lambeau de peau, parce qu’il ne faudrait pas confondre lorsque, après le concert, il faudra se remettre la tête sur les épaules, ça ferait désordre. Visualisation de petits jets de sang écarlates, éjaculés par intervales réguliers, chaussures baignant dans l’hémoglobine, quelques têtes par-ci par-là, que des spectateurs têtes en l’air auraient laissé tomber par inadvertance, bousculées par des pieds aveugles, glissant sur le parquet devenu rouge, en compagnie des mégots et gobelets vides…

    Un homme s’arrête devant moi. À la limite de l’équilibre. Tangage sérieux. Je fais un pas sur le côté pour lui laisser tout loisir de tomber. La femme derrière moi profite de l’espace pour s’avancer. Mais se rend compte rapidement du risque de l’emplacement et reprend sa position d’origine. Le vacillant repart peu de temps après, chaque spectateur lui servant de pilier de soutien dans son avancée hésitante.

     

    Bertignac entre en scène. La blonde a disparu. Je ne vois que des dos et des têtes, je me contente d’écouter. Je marque le rythme des pieds, lui aussi. Mais j’ai l’impression que tous les autres restent statiques. Ça fait bizarre. Comme s’ils étaient lobotomisés. Ils le sont peut-être d’ailleurs, va savoir… Il commence à faire bien chaud. Les interstices se réduisent. La femme devant moi enlève son blouson avec des gestes étriqués pour ne pas cogner l’entourage. Puis le pull. Ça s’arrête là. Je ne sais pas pourquoi mais ça me rassure. Je continue à bouger dans le peu d’espace qui m’est alloué. Et je me cogne doucement contre le ventre de mon copain. J’aime bien ce contact chaud et aléatoire.

     

    Trois chansons plus tard, exclamations de joie quand il retrouve un ami. Présentations. Un instituteur. J’essaie de suivre un peu la conversation. Puis déconnecte rapidement de l’échange verbal à la vue du verre de bière que le nouveau venu me promène sous le nez. Je me rends compte que j’ai soif. Il se rapproche, s’éloigne... Bertignac est passé à des chansons plus calmes. Ils ont l’air de s’en désintéresser totalement. Moi aussi. La bière de l’instit ponctue ses phrases. Donne le ton. Risque le débordement dans l’élan de l’histoire. Ça me tente. De plus en plus. Je ne résiste plus et en demande une gorgée. Je sais, ça ne se fait pas.

     

    Sur la pointe des pieds, j’essaie d’apercevoir un petit quelque chose là-bas. Rien. Ah si, une tête chevelue sur la gauche, qui bouge dans la lumière, juste un instant. Ça doit être le guitariste. Les temps d’attente entre deux chansons sont trop longs. Ça fait pas préparé tout ça. Comme une répétition. L’instit s’est éloigné. Mon copain me résume leur discussion. Ma voisine de gauche nous écoute. J’échange une gorgée de sa bière contre son indiscrétion. Plus fraîche celle-là.

     

    Retour de l’instit. Les deux potes décident de rejoindre le bar. Je les suis. Re-bière. On n’entend plus grand-chose d’ici. Faut dire qu’il ne s’égosille pas Louis ce soir. Manquerait même de conviction. Pas moyen de m’intéresser à leur conversation. Je fais un effort pourtant. J’apprends au passage que mon conducteur en est à son deuxième mariage. La blonde a fait l'intérim pendant quelques mois. Et replonge le nez dans ma bière. On retourne dans la salle. Le temps de finir les gobelets.

     

    De nouveau interpellé par un vieux collègue cette fois. Entretien rapide. Je n’écoute rien. Me laisse entraîner, encore, vers le bar. Re-re-bière. L’instit y est toujours et reprend le papotage avec mon copain. J’entend juste à un moment qu’il faut y retourner, ça à l’air bien ce que Louis chante. On ne cherche pas trop à s’avancer, il fait moins chaud là. Cendrillon est écorchée.

     

    Toujours pas de vue sur la scène. Je me contente des dos. Sourire intérieur tout soudain. J’apprécie. Un groupe de trois jeunes devant moi, dont un qui porte un t-shirt blanc manches longues. Moulant juste ce qu’il faut. Le triceps saillant. Les dorsaux marqués. Les hanches irréprochables, pas une once de graisse superflue. Je ne le lâche pas des yeux. S’il avance, j’avance aussi. Envie de le toucher. J'imagine ma main sur sa peau, lui attribue cette évidente douceur épidermique que lui confère son jeune âge. J’hésite. Je serais venue seule, j’aurais risqué. Juste comme ça. Par inadvertance… Tout à l’heure, j’ai senti une main légère sur mes fesses. Je n’ai rien dit. Même pas cherché à savoir qui. J’en ferais bien autant là. Entre deux chansons, je me retourne. Mon copain a disparu. Pas grave, je le retrouverai tout à l’heure. Pas envie de quitter ma place privilégiée. Ça me plaît d’être ici. En plus, maintenant je vois la scène, un peu. Tout va bien.

    Le copain est revenu derrière moi. À l’air de s’ennuyer. Pas assez rock à son goût.

    Superbe final avec la musique de Téléphone et tout le monde chante « Je rêvais d’un autre monde… ». Excellent moment !

     

    Sortie de salle en troupeau. De loin, il commande deux bières. Servies tout de suite. Ce que c’est les habitués ! On se trouve un petit coin au fond pour s’asseoir. À hauteur de nos yeux, que des fessiers. On ne se gêne pas pour commenter. Le rond, le large, le mou, le tombant, le petit musclé, le planqué sous le pull… on complimente ou on est méchant, on s'en amuse. Il y a de la place sur la banquette mais on se colle quand même l’un à l’autre.

    Les gobelets sont vides. Retour à la voiture. Premier baiser. Où ce qui y ressemble. Il y a du brouillard sur la route. Carla Bruni nous accompagne. S’arrête deux fois en chemin pour regoûter à ma bouche. Se résigne à me ramener chez moi quand je casse l’ambiance en lui signifiant que ma seule envie, là maintenant tout de suite, c’est de vider ma vessie. Les inconvénients de la bière !  Devant chez moi, quémande une suite. Désolée, non, pas ce soir. Il est déjà bien tard et je dois me lever demain pour l’école. Merci pour cette excellente soirée, à bientôt !

     

    Et un texto un quart d’heure plus tard : « Heureux de te connaître je suis, de te revoir je veux. Bonne nuit ». Tordu comme phrase. Mais... sourire.