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Plouf - Épisode 4
Je dois reconnaître qu’il m’a bien surprise. Après l’excuse du fiston, puis l’excuse du boulot, je m’attendais au problème de voiture. C’est bien un souci technique, surtout un dimanche, pas moyen de solutionner rapidement. J’ai eu droit à un pneu crevé la dernière fois, tous les garages sont fermés, faut attendre lundi, tout ça…
Non, il a fait mieux : « Je suis gêné, j’ai honte car j’ai manqué d’honnêteté envers toi, alors je vais te dire la vérité : j’ai rencontré une fille dont je n’étais pas sûr jusqu’à présent, j’ai joué un peu serré mais je lui serai fidèle. Je te fais perdre ton temps si précieux. J’avais raison, tu vas me maudire. Pardonne-moi. Adieu. »
C’est pas beau ça ? Chasser deux lièvres avec des intentions de fidélité… Enfin, si c’est vrai !
À l’épisode 1, j’étais en colère. Au deuxième, je me suis détachée. Au troisième, je me partageais entre fatalisme et amusement. Quand j’ai lu son petit mot ce matin, j’ai éclaté de rire. Oh, pas la franche hilarité, ça reste un joli lapin, mais j’ai ri de moi : les histoires de cœur, ça n’est pas vraiment pas pour moi.
Je referme la porte en laissant mes envies d’aimer derrière, passons à autre chose...
On est dimanche - Épisode 3Samedi matin, coup de téléphone du papa à fiston : son patron vient de l’appeler, changement dans son planning, exceptionnellement il travaille de jour toute la semaine, donc impossible de venir comme prévu. La poisse quoi ! Sur le coup, je ne comprends pas bien. Il m’avait pourtant dit qu’il travaillait en permanence de nuit, comment peut-on lui imposer d’être de jour comme ça tout d’un coup ? Trop d’absences dans l’équipe selon lui. En revanche, il sera libre tous les soirs cette semaine, donc ça va, n’est-ce pas ?
Non, ça ne va pas ! C’est ce week-end que je suis libre, en semaine j’ai le boulot et les enfants ! Il me trouve un compromis : il dépose son gamin chez ses parents dimanche matin et me consacre toute la journée. Il est sincèrement désolé mais ne peut pas faire mieux. Vendu.
J’annule la balade moto de dimanche et, pour samedi soir, je rejoindrai une copine qui va au cinéma. Quant à lundi, j’essaierai de trouver un motard libre pour rouler un peu s’il fait beau, sinon ça sera boulot. Voilà, j’ai remis mes pions en place.
Il y a quand même des trucs qui me chiffonnent. Le coup du boulot lundi n’est pas crédible, impensable qu’on lui change ses horaires à la dernière minute, surtout un samedi matin ! Et puis le gamin, s’il peut le mettre chez ses parents, pourquoi ne l’a-t-il pas fait dès samedi soir ? Je ne vois qu’une explication : il ne veut pas passer la nuit chez moi. Mais pourquoi ne l’avoir pas dit clairement alors ? Il doit y avoir un truc dont il a honte. Problèmes d’énurésie ou de ronflement ? Besoin de doudous et peluches pour dormir ? Éjaculateur précoce voire impuissant ? J’aime bien cette dernière option (enfin, façon de parler, hein !). Il est tombé sur mon blog, s’est dit que s’il foirait au lit il aurait droit à un article et préfère ne pas s’y risquer. C’est peut-être le truc le plus cohérent dans toute cette histoire ! Et bien, il y aura eu droit quand même, les absents ayant toujours tort. Cela étant, j’attendrai dimanche avant de publier, histoire de vérifier mes suppositions, je ne voudrais pas accuser à tort non plus.
Froid & chaud - Épisode 2
Les papas à fiston ont cet avantage : ils ont toujours la possibilité de se défiler en invoquant une demande de présence dudit fiston. Imparable. Comment pourrais-je, un instant, imaginer lui demander de me donner la préférence ? J’attends ce week-end depuis deux semaines, je n’en aurai pas d’autres de libres avant quatre semaines mais – que l’excuse soit vraie ou non – comment pourrais-je ne pas comprendre, et donc accepter, cette situation ?
Me voilà donc avec deux jours devant moi et rien de prévu. C’est le Bol d’Or ce week-end mais c’est un peu tard pour m’organiser. Et comme je travaille lundi, ça va faire un long déplacement pour peu de temps sur place. Je relance quelques contacts que j’avais délaissés depuis fin août. J’ai une offre pour un week-end romantique. Pas tout à fait ce que je recherche, plutôt envie de me défouler pour ne plus y penser. Y a-t-il un bourrin disponible ?
Coup de théâtre, un contrat s’annule, je ne travaille plus lundi. Voilà qui change tout ! J’ai soudain deux possibilités : soit le papa à fiston du dimanche soir au lundi soir, soit départ dimanche matin pour deux jours de Bol. Allez, il gratte si gentiment à la porte… On s’appelle, on s’organise, tout est arrangé. Bon, rien encore pour samedi soir, je verrai ça à la dernière minute mais j’accepte avec plaisir une balade moto proposée pour dimanche après-midi par un copain. Tout va bien !
Chaud & froid - Épisode 1
Dans notre routine de vie, on a tous des petits moments de blues, des sursauts d’énergie, des périodes de découragement, des instants d’euphorie et il y a des jours où on a envie d’aimer.
Certains sont plus aptes que d’autres à aimer, leur porte des sentiments est ouverte en permanence, toujours prêts à recevoir celui ou celle qui aurait envie de partager un bout de vie avec eux, décidés à offrir sans réserve leur regard attentif et leurs bras rassurants, sans crainte des courants d’air qui mettent le désordre dans leurs habitudes, juste dans l’attente lorsque personne ne passe le seuil.
Et puis il y a ceux, dont je suis, qui gardent cette porte fermée, laissant derrière elle tout ce qu’ils supposent de souffrance et de difficultés. Personne à aimer mais personne à haïr. Pas d’espoir mais pas d’attente vaine. Une solution de facilité ou une protection, question de vécu.
Et puis un jour où je m’étais risquée à entrouvrir pour laisser passer plus de lumière, il s’est présenté là, simplement. C’était un jour où j’avais du temps – ou plutôt décidé de m’en donner –, un jour où j’avais envie de parler, de découvrir, de connaître. Je l’ai regardé, je l’ai écouté, je l’ai estimé.
Était-ce lui qui était – ou qui avait fait – ce qu’il fallait ou était-ce moi qui était sentimentalement disponible à ce moment là ? Les deux probablement. Toujours est-il que je lui ai jeté mon dévolu en travers de la figure. Je n’ai pas l’habitude de ces choses là, je manque de délicatesse. Mais je crois qu’il ne l’a pas trop mal réceptionné. Dans les jours qui ont suivis, je l’ai pris en compte dans mon organisation de vie, j’ai décalé, j’ai annulé, j’ai arrangé. Pour lui faire de la place. Rien que pour lui.
Sauf que la place restera vacante. Il ne viendra pas. Pas cette fois-ci m’a-t-il dit, mais si je voulais bien attendre quelques semaines… Inutile de préciser que je l’ai mal pris. Si ça n’est pas maintenant, ça ne sera jamais : il y aura toujours un empêchement, une bonne raison, une bonne excuse. S’il a des choses plus intéressantes à faire qu’à être avec moi, qu’il les fasse, je m’en voudrais de l’encombrer !
Quelle idée aussi j’ai eu de laisser ma porte ouverte, il n’y rentre jamais que des voleurs d’espoirs ! Allez, on referme et on n’en parle plus.
LuiLorsque je lui avais demandé s’il était libre ce soir, il m’avait répondu que non, mais demain sans problème. Sauf que le lendemain, il a changé d’avis : dure et longue journée, puis sport, pas le courage, une autre fois si tu veux bien ? Je n’ai pas répondu. J’essayais de me convaincre que c’était un lapin comme un autre. Un de plus, voilà tout. Mais non. D’habitude un lâcheur de dernière minute m’énerve. Pas lui. Il me rend juste triste, mélancolique. Après toutes ces années, il a toujours ce statut à part que je ne m’explique pas. Alors j’ai posé ma tête sur une autre épaule. Chaude et rassurante. Simplement présente.
J'aime bien la neige, mais pas làEncore un rendez-vous d’annulé. L’orthodentiste des filles cette fois. Depuis hier, je n’arrête pas d'annuler. Tout ça à cause de la neige. Il paraît qu’il est tombé jusqu’à 30 centimètres par endroit, y compris en zone urbaine (Nouvel Obs). Je viens d’en enlever 19 cm sur ma voiture (j’ai mesuré, j’aime bien être précise) et j’ai fait un petit tour du quartier. Pour voir. Et bien rien n’est déneigé, pas un gramme de sel sur les routes, on peut promener les chiens sans risque pour leurs papattes. Je serais en rase campagne, je trouverais ça normal. Même que je serais équipée pour. Mais j’habite à un quart d’heure à pieds du centre ville. Bon sang, comment se sont-ils organisés ? Ce n’est pourtant pas une surprise la neige fin décembre ! D’autant qu’il neige depuis lundi soir tout de même. C’est tombé toute la nuit. Et toute la journée de mardi. Vers 16 h 30, un copain m’a appelé de sa voiture : il était bloqué depuis une heure sur l’autoroute Paris-Nancy et s’ennuyait un peu. Il n’avait que 20 km à faire. Cinq heures plus tard, il avait avancé péniblement de 6 km. Une copine, qui devait passer sur cette même route mais dans l’autre sens, est arrivée à 1 h 30 du matin alors qu’elle avait quitté le boulot à 18 h. Sympa pour les gosses qui l’attendaient pour manger la galette. Et encore, eux s’en sortent bien : une centaine de véhicules (selon L’Express), des milliers d’automobilistes (selon RTL et La Liberté.ch) ont passé la nuit dans leur voiture ou dans des centres d'hébergement de fortune, bloqués sur 20 km, alors que le mercure était à -7°C. (…). Et plusieurs poids lourds se sont retrouvés en travers de la chaussée. Les pompiers ont dû distribuer des barres énergétiques à ces naufragés de la route. La circulation reprenait lentement mercredi matin, au terme d'une nuit de cauchemar. Certains avaient même abandonné leur voiture, je les comprends ! J’ai lu dans le Nouvel Obs que « Le préfet de Meurthe-et-Moselle Claude Baland avait dès 22h00 mardi mis en place un plan de secours d'urgence pour les automobilistes piégés. » Comme la cavalerie… juste un peu tardive la réaction ! À l’heure où le projet Galiléo nous promet notamment de retrouver un conteneur perdu, repérer une voiture volée, évaluer le temps restant avant le passage d'un bus ou suivre les déplacements d'un délinquant porteur d'un bracelet électronique, j’imagine qu’on ne va pas se creuser la tête à trouver une organisation efficace en cas d’intempéries puisqu’on aura aussi les moyens, grâce à Giove A, de secourir un vulgaire citadin enfoui sous la neige… C’est certainement plus valorisant que bêtement informer les automobilistes que l’autoroute est bloquée.
Ne pas savoir si je dois l’excuser avec ses 1 500 km sous la neige ou lui en vouloir de me planter encore une fois. Et de m’être encore fait avoir. Parce qu’il a une fâcheuse tendance à me poser des lapins une fois sur deux, voire plus. D’ailleurs, quand il m’avait proposé de passer les derniers jours de l’année avec moi, je l’avais dans un premier temps envoyé bouler. Pas envie de me retrouver le bec dans l’eau pour le nouvel an. Mais il a toujours su être convaincant quand il le fallait. Du coup, je me retrouve bel et bien le bec dans l’eau. Et les deux pieds dans la neige en prime. Je me doute bien que je n’aurai plus de nouvelles de sa part avant au moins trois semaines. Prudent le mec. Ou lâche. Ou les deux. Et puis, avec cette fichue neige, difficile de mettre en place un plan B avant que les routes ne soient dégagées. Il me faudrait au moins celles qui me permettraient de me rendre de l’autre côté de la ville. Je sens que je vais encore ronchonner un moment.
Plan de dernière minute
Alors, fin septembre nous avons pris les choses en main et décidé de se bloquer une date. Une fois éliminées toutes nos contraintes, le premier week-end qui convenait à tous les deux nous amenait à fin novembre (ce week-end donc), soit sept semaines d’attente. Pire que pour aller chez l’ophtalmo. C’est en début de semaine qu’il m’a appelée pour me dire que notre arrangement tombait à l’eau : un de ses amis doit se faire opérer ce samedi, il a demandé à ne pas être seul pour cette épreuve. Mais pourquoi lui, son pote n’a pas d’autres copains ? Ben si mais, a priori, il est le seul à avoir accepté de plomber son samedi après-midi… C’est tout lui ça ! Bon, en même temps, c’est bien parce qu’il avait tout laissé tomber pour me dépanner que j’avais fait sa connaissance. Logique. Et m… Et dire qu’on en avait plaisanté, que si on foirait ce rendez-vous là, ça nous reporterait au minimum à l’année prochaine… je suppose qu’on aurait dû allumer un cierge !
C’est comme ma jolie rousse, impossible de se caler une date. Ce n’est pourtant pas faute d’essayer depuis notre entrevue de septembre ! Du coup, je tente ma chance et lui envoie un mail. Certes, samedi soir, elle avait prévu d’aller dîner avec des amis, mais elle va essayer de s’arranger, mon offre lui paraît plus amusante. Sauf que, lorsque je l’appelle vendredi après-midi pour confirmer, j’apprends qu’elle est malade. Pas bien grave, probablement un coup de fatigue mais bon, pas la forme quoi. Jouer les infirmières, c’est pas mon truc. Comme elle n’a pas encore annulé son dîner, je laisse tomber l’idée et lui conseille de se faire sa petite soirée tranquille, on remet ça à une autre fois. Comme d’hab. D’autant plus qu’entre temps, j’ai reçu un texto d’un copain qui propose une soirée gothique. Va pour le gothique ! C’est ainsi que je me suis retrouvée en longue jupe à dentelle noire, corset et serre taille, les yeux cernés de noir, dans un caveau aux pierres apparentes, sur fond de goth, métal et électro. Peu de monde, mais du beau, en résilles, dentelles, chaînes, cuir et velours. Rien à regretter, j'ai adoré !
S’enchaîner pour se déchaîner S’évader, s’éclipser Décrocher Aimer
Ombres et démons en coeur d'Homme . . .
Citer : http://www.chemindelune.net/
Quand ça veut pas...15 h 21, je viens de recevoir un appel de ma messagerie qui me dit que quelqu’un m’a laissé un petit mot à 15 h 20. Ça fait quand même une heure que je glandouille devant l’écran, le portable à mes côtés. Et j’ai beau ne pas être très fraîche aujourd’hui, s’il avait sonné, je l’aurais entendu il me semble. D’ailleurs, j’ai bien entendu l’appel de la messagerie. Ça m’agace sérieux ce truc.
Surtout que le message en question, c’était du genre : « J’étais dans le coin, je voulais passer mais a priori tu n’es pas là, tant pis. Bon week-end ! ».
Ben si, je suis là, même que j’attendais l’appel. Mais je crois que Monsieur SFR a décidé de me pourrir mon après-midi. Vais aller me recoucher tiens…
Note au laisseur de message à 15 h 20 : Ce serait bien de me donner ton numéro pour que je puisse te rappeler la prochaine fois que Monsieur SFR se mêlera de gérer ma vie privée…
Suite : Heureusement que Monsieur MSN rattrape les coups en vache de Monsieur SFR !
Quelque chose m'échappe
Mon calcul était simple : un week-end sur deux avec le fiston comme pour tout papa à fiston qui se respecte, théoriquement, j’ai une bonne chance pour que tu sois libre au moins l’un des deux.
Confirmé ce lundi, le premier week-end tu étais bien avec le fiston. Et tu me relances d’un « On se voit quand ? – - Quand tu pourras – - Alors j’aimerais bien vite – - Rien de concret donc… – - Si bientôt dans ta région – - Quand ? – - Je pense d’ici quinze jours, trois semaines Je m’y attendais, il a déjà oublié que je revenais ce second week-end du côté de chez lui : – - Et moi, je suis à Paris le samedi prochain – - Ok »
Flop. La dernière fois que j’avais voulu te voir, j’avais pris les choses en main et décidé du jour de mon arrivée. Cette fois-ci, je voulais m’éviter un nouveau lapin (bien qu’il fasse nettement plus chaud ces derniers temps, l’attente aurait été plus agréable !) et te laisser prendre l’initiative. Raté. De toute évidence, tu ne le feras pas. Tant pis.
Mardi ton appel me surprend. Du coup, j’insiste un peu : « J’aimerais vraiment te voir… – - Moi aussi – - Je pars pour Paris vendredi. Je dépose ma fille samedi matin à son école et ne la reprend pas avant 18 h. Il y a moyen qu’on s’organise quelque chose non ? – - Bien sûr […] – - Tu n’es jamais allée dans un restaurant japonais ? – - Ben non, jamais – - Tiens, samedi on fera ça, je t’emmènerai dans un japonais. »
Bon, c’est bien parti tout ça ! ---
Je passe la soirée du vendredi en compagnie de ma fille et de mon motard parisien préféré dans une pizzeria proche notre hôtel (j'ai évité le japonais d'à côté....). Délicieux moment. Amusant aussi à force d’excès de service du service. Plus tard, je te laisse un message au téléphone pour te rappeler que je suis à Paris là, maintenant, en ce moment (on ne sait jamais, je ne veux pas risquer une erreur de date…). Et te demande de me rappeler samedi matin.
Je ne sais pas pourquoi, mais ça ne me surprend pas ton non-appel. Juste déçue. Je décrète que je laisse tomber, je ne rappellerai pas. N’empêche que je me pose des questions. Me dit que tu as dû être bloqué par ton travail ou quelque chose comme ça. À tout hasard, j’arrange le coup sous un autre prétexte pour éventuellement faire ramener ma fille samedi soir par la mère d’une de ses copines retrouvée ici. Comme ça, si jamais tu ne pouvais te libérer que dans l’après-midi, il nous resterait du temps pour nous jusqu’au lendemain. Et décide de passer la journée avec Carl qui a la gentillesse de me tenir compagnie. Je ne le regrette pas : parcourir les rues du 13ème à moto par ce beau temps, c’est particulièrement agréable ! Accrochée à son blouson, je t’oublie et me laisse promener.
Jusqu’au moment où, Carl s’étant éclipsé quelques instants, je ne résiste pas à l’envie de savoir. Tu décroches. Tu es retourné voir ton fils en Corse. Il t’a réclamé, il a insisté, tout s’est fait très rapidement. Ben non, tu n’as pas pensé à me prévenir. En plus, tu y retournes certainement le week-end prochain (ça, c’est au cas où il me prendrait l’envie de revenir en troisième semaine, non ?). Tu ne comprends pas pourquoi je me fâche. D’autant que je ne suis pas venue exprès pour toi. Non, tu ne me fuis pas. Non, tu veux toujours qu’on se voie. Mais tu ne trouves rien à te reprocher. Même que je m’énerve pour pas grand-chose.
Pas grand-chose ? Oui, peut-être. Peut-être que ce n’est pas grand-chose lorsque tu m’écris que tu as vraiment envie de me voir et bien vite encore. Que ce n’est pas grand-chose que d’oublier d’appeler. Que ce n’est pas grand-chose que casser la confiance que j’ai en toi. Que ce n’est pas grand-chose si j’ai l’impression que tu joues avec moi. Peut-être que ce n’est pas grand-chose tout ce que je ressens.
N’empêche, je n’arrive pas à te comprendre. Quelque chose m’échappe avec toi.
Je crois que je vais te ranger à côté des machines à coudre. Parce que je n’ai jamais compris comment le fil du dessous se fixait au fil du dessus sans faire un nœud. Et que ça fait des quelques années que j’ai renoncé à comprendre ça.
Suite et fin
En clair, il a passé le week-end chez son ex femme. Ca explique qu'il n'ait pas répondu au téléphone. Et qu'il ait eu des difficultés à me dire les choses.
S'il a un tant soit peu de considération pour moi, je devrais recevoir un bouquet de fleurs ou quelque chose comme ça ces prochains jours... Mais je ne me fais plus d'illusions sur les notions de respect ou simplement d'élégance.
Allez, je me dis que de me rencontrer lui a permis de savoir ce qu'il voulait vraiment. C'est mon côté généreux désintéressé... encore une fois...
Le lâcheur, le paumé et le héros
19 h – Je m’assois dans le hall des départs. C’est grand, c’est vide. Des voyageurs passent, plus ou moins rapidement. Je mange. J’ai un peu froid. Ton téléphone sonne toujours dans le vide. Je fais défiler les noms de mon portable. Je cherche quelqu’un de Paris. F, G, H… Henri… ça fait longtemps que je ne lui ai pas parlé ; depuis qu’il a rencontré son âme sœur, via le net, il est heureux. I, J… Ah, tiens, Julien, j’avais oublié qu’il était dans mon répertoire, je ne me souviens même pas à quel moment il m’a donné son numéro ; pas sûre d’ailleurs que ce soit celui auquel je pense ; je l’aime bien Julien. K… Karl ? Ah, mince, c’est lequel ? J’en connais deux… À celui de Paris, je dois un verre, mais est-ce lui ? Mal fichu le répertoire, pas beaucoup de place pour des compléments du nom… P, Q, R, S... Slobodan, le beau yougoslave ! Non, pas envie de lui donner ce qu'il voudra, pas ce soir. T, U, V... plus rien sur Paris. Allez, je me lance, j’appelle Julien. Démarrage de conversation bizarre à propos de son pseudo sur MSN, juste pour m’assurer que c’est bien celui avec qui je papote depuis octobre dernier. Je lui raconte ma vie, lui explique que je suis à la gare, que personne ne m’attend. Oui, mais c’était pas prévu ça, il se trouve à 100 km de là… bien désolé mais me souhaite bon courage !
19 h 15 – Quelqu’un est venu s’asseoir à côté. Je m’en aperçois lorsque qu’il me taxe une cigarette. Un temps de silence et on entame la conversation. Il s’appelle Youssef. Tourne au Ricard pur dans un vieux gobelet en plastique. Berbère, autrement dit marocain, faut pas confondre. Viens de Lyon, traîne à Paris. Compatis à ma situation. Je lui taxe une goulée de son Ricard.
20 h 30 – Je me rappelle des conversations de Julien, simples, agréables. Je lui envoie un texto : « Il fait froid, je suis toujours là ». Youssef était marié à une italienne, il a une fille, Sophia, elle a 8 ans mais il ne peut plus la voir. J’ai de plus en plus froid.
20 h 36 – « Et si le gars te parait taré, je peux aussi passer. Je t’embrasse et j’attends ton appel. Julien ». Il a envie de venir. Envie de m’aider. La vie est belle ! Allez, je te laisse jusqu’à 9 h pour m’appeler. Je suis gelée. Je propose à Youssef d’aller se mettre au chaud dans le café de la gare devant un verre.
20 h 38 – Enfin, ton nom clignote sur l’écran. Mais je ne t’entends pas. Tu réessayes, pas mieux. Quatre fois comme ça… tu m’énerves ! Tu vois bien que la ligne ne passe pas. Qu’est-ce que tu attends pour écrire ? Ah, enfin, tu comprends : « Mon tél marche pas suis à Lyon sorti de séminaire ou es-tu ? Chez toi ? ». Heureusement que j’étais assise. Je ne m’attendais pas à ça. Je suis sidérée. Et puis, après t’avoir répondu que j’étais à Paris : « ??? comprend pas ce soir ? ». C’est clair, tu m’as carrément oubliée. Voilà. C’est tout bête…
20 h 45 – J’appelle Julien, je compte sur lui. Une demi-heure pour terminer de manger et partir, une heure de route et il sera là. Je suis contente. Youssef pique une crise : un couple rit à la table à côté et il le prend pour lui. Très mal. S’énerve, parle fort, me prend à témoin. Je le calme comme je peux. Il se met à vouloir descendre tout le monde. On parlait de sa mère à ce moment là. Il a de la haine mélangée à de l’amour envers elle. Il a du mal à maîtriser la violence de ses sentiments, il accuse tout le monde, est persuadé qu’il est la cible de tous ceux qui nous entourent. Je ne suis pas très à l’aise, cherche les mots qui pourront l’apaiser. Petit à petit, il se calme.
21 h 05 – J’ai l’impression que l’heure n’avance plus. Je fais attention à tout ce que je dis, choisis chaque mot pour ne pas risquer de relancer sa violence verbale. Mais le défi est intéressant. J’ai envie de l’aider. Il a trop bu. Il a surtout trop envie de parler à quelqu’un, de communiquer. Envie d’être écouté. Comme tout le monde.
21 h 45 – Tiens, le temps a fait un saut. Pause pipi. 50 centimes lâchés dans la serrure. Je peste contre cette société mercantile. Les toilettes ne sont mêmes pas propres. Ça doit être le prix pour avoir du papier. Il y a une soucoupe devant le surveillant des fosses… ça va, j’ai déjà payé !
22 h 05 – Julien m’appelle, il est devant la gare. Une bise sur les joues d’un Youssef heureux et je fonce dans la nuit vers celui qui a transformé ma galère en aventure.
Je découvre Julien, tel que je l’avais imaginé. Gentil, agréable, souriant. Nous faisons un détour par la Concorde, la Tour Effel au loin, l’Assemblée, les Champs et l’Arc de Triomphe, l’Opéra, les Invalides, la place Vendôme… pour me faire profiter des lumières de la nuit. Il en fait partie.
Je pose mon bagage dans son tout petit appartement. Nous ressortons aussitôt prendre un verre et parler. Au retour, il m’offre près de deux heures de guitare, essaye de jouer ce que j’aime, me fait découvrir ce qu’il aime. Je suis bien.
Mon lit de fortune n’est pas très confortable, j’ai du mal à dormir. Je te laisse un message, il est 4 heures… Quand je te rappelle un peu plus tard, tu as coupé ton portable. Je crois que ça t’a agacé cet appel nocturne ! Julien est parti me chercher des pains au chocolat et du jus d’orange. La vie est douce.
Je n’arrive toujours pas à te joindre. Je vais repartir. Mais j’ai envie de profiter encore un peu de ma présence ici. J’appelle Karl. Grippé. Encore un qui s’est fait avoir ! J’appelle Henri, on se retrouve dans l’après-midi devant un café. Il est rentré ce matin, tout bronzé, du Mexique. Il est heureux. Son histoire d’amour est toujours une belle histoire d’amour. J’aime les gens heureux, ils sont contagieux.
Toi tu m’as oubliée. Mais j’ai le sourire. Je me sens bien. |
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