| Coloquinte's profileLe monde de ColoquintePhotosBlogLists | Help |
Déflagration
Une soupe de légume, quelques pâtes, un fruit ; le repas est des plus simples mais très agréable en sa compagnie. La conversation légère, sans interruption, ponctuées quelques sourires amusés. Un thé, un café, je rassemble mes affaires pour repartir. Mais il n’est pas fatigué, il aimerait que je reste encore un peu.
On s’installe dans le canapé pour mieux profiter de la musique. Côte à côte. Premier silence. Prolongé. J’aurais dû me taire. Je n’ai pas analysé d’où me venait cette pression. Ni depuis quand c’était là. Je sais juste qu’il me fallait au moins le dire – à défaut d’agir – pour m’en libérer : « J’ai envie de t’embrasser ».
Sa réponse, en quatre mots, a fait exploser brutalement le barrage que j’avais réussi à dresser entre nous. Violemment. Je ne comprends pas ma réaction. Puissante et douloureuse. Jusqu’à me faire saigner. Comme s’il avait passé la soirée à déposer tout un tas de mines, une à une, à l’intérieur de mon ventre. Ces quelques mots ont tout embrasé d’un coup : il a envie de moi. Il en rajoute : il a envie, comme chaque fois qu’il me voit. Toute la soirée, il a essayé de penser à autre chose. En vain. C’était donc ça ! Je me suis pris en pleine tronche ses phéromones durant toute la soirée. Je n’y ai pas prêté attention,.je n’étais pas venue pour ça. Jusqu’à ce qu’il allume ce qui ne demandait qu’à brûler. Je l’écoute alimenter les flammes de sa voix, les attiser de son regard sur moi. Je me tourne vers lui. Nos yeux se croisent. Et tout d’un coup, il me repousse durement : il est avec quelqu’un en ce moment, il ne se passera rien entre nous.
Je regarde devant moi, dans le vide. Je ne sais pas quoi dire. Tout s’est embrouillé soudainement. Déconcertée. Je balaye vers un recoin de mon âme mes sentiments, mes envies, mes désirs, la claque finale, finalement je vais repartir. Ce sera plus simple… Il est désolé, il a des principes. Mais bon sang qu’il a envie. Pourtant, il s’est envoyé en l’air toute la nuit dernière, jusqu’au matin. D’ailleurs, il se rappelle nos week-ends sous la couette. À ne faire que ça. Il adorerait revivre tout ça mais bon… Oui, bien sûr, je comprends, limite je compatis. Mon sac, mon manteau, bisous, petits sourires, un geste de la main au loin, à bientôt !
Sur l’autoroute qui me ramène chez moi, je réagis enfin. Saloperie. La colère monte. J’ai envie de hurler. Sur moi d’abord. Pourquoi être restée aussi stoïque devant sa cruauté ? Il me mutile et je le laisse faire. Le pire, c’est qu’il m’a déjà fait le coup cet été. Et ce sourire ridicule que j’affichais en partant ! Merde, faut-il que je m’éloigne de plus de dix kilomètres pour ne plus subir son influence ? Tout compte fait, je crois il aime que je le désire. Voilà, c’est ça. Cette situation lui plaît ainsi, il lui suffit de l’entretenir. Il sait comment m’allumer. Et se planquer derrière ses fichus principes pour ne pas aller plus loin. Moi, il me reste juste le sentiment de me faire larguer. Encore une fois. Aussi lamentable. Aussi douloureux.
Le complexe du homard« On va vous jouer un slow, c’est le moment de vous faire inviter les filles ! ». Tu parles, je suis au fond de la salle, à la caisse. Ça ne va pas être facile ! Le groupe entame les premières mesures et je le vois avancer vers moi en souriant. Ah ben si finalement, y a moyen ! Sans hésiter, j’abandonne mon poste à ma copine et me jette dans ses bras. Il est surpris mais se laisse entraîner sur la piste. De toute évidence, il n’a pas fait exprès de venir vers moi à ce moment là. Il fait rarement les choses exprès. Ses mains dans mon dos, les miennes autour de son cou, je crois que c’est la première fois qu’on danse ensemble. Quatre mois se sont écoulés depuis notre séparation. Quatre mois où je n’avais plus ressenti le plaisir d’un contact charnel avec un homme. L’effet est immédiat, je me sens bien dans ses bras.
Ils ont été plusieurs à se demander ce que je faisais avec lui. Moi-même j’en étais consciente et on en avait parlé. Il n’a rien de ce que je recherche chez un amant : pas de passion, pas de conversation, pas d’énergie, peu d’activité physique, rarement disponible, aucun point commun entre nos deux vies. La plupart de ses traits de caractère m’agacent. Et pourtant, j’avais besoin de lui. Besoin d’être avec lui. Il m’a fallu longtemps avant de comprendre.
J’aimais lorsqu’en descendant une rue bondée, les gens s’écartaient systématiquement à notre passage. J’aimais qu’il soit collé contre mon dos lorsqu’on discutait avec un groupe d’amis. J’aimais lorsqu’il m’aidait à mettre mon manteau. J’aimais être petite dans ses bras. J’aimais tout simplement me sentir protégée lorsque j’étais avec lui. C’était bien suffisant pour composer avec ce qu’il n’était pas.
Jusqu’au jour où je me suis secouée. Que j’ai décidé de faire face à la vie et ne plus me servir de lui pour me planquer. Ça n’a pas été très difficile, j’avais un autre combat à mener. Un combat contre un ennemi qui, s’il n’avait pas de visage, avait au moins une existence réelle. Mesurable. Quantifiable. Et solutionnable.
Maintenant que j’ai gagné ma bataille, je replonge avec délice dans le cocooning doucereux de ses bras. Comme on se recroqueville au fond de son lit pour ne pas affronter la réalité. La mienne me mange de l'intérieur depuis bien longtemps et chaque tentative d'affrontement me renvoie face à ma vulnérabilité.
Le slow terminé, je dois remettre les pendules à l’heure. Non, on ne se remet pas ensemble. C’était un tendre moment, j’ai apprécié, mais ça n’ira pas plus loin.
Si seulement je pouvais m’en convaincre moi-même…
Éthique de l'étique
Plus d’une m’ont dit qu’elles préféraient les hommes, comment dire… moelleux. En ajoutant que c’était bien plus agréable pour y poser la tête.
Je les ai toujours aimés minces, voire secs. Il y a toute une personnalité attachée à cette apparence, un caractère qui me convient bien. Probablement aussi parce que je préfère lorsque ce sont eux qui posent leur tête au creux de mon épaule. Sauf quand je ne vais pas bien.
Check-list
Négociation du programme de la matinée avec un client aux airs de Dany de Vitto. Le cobaye idéal. Debout dans la salle déserte, une table nous sépare. Je me penche pour noter deux ou trois trucs : ferré. Quand je me redresse, ses yeux suivent le mouvement avec un temps de retard, mon décolleté l’accroche. Je vois bien qu’il fait des efforts pour tenir son regard au niveau du mien mais la bataille est rude, ses yeux n’ont de cesse de vouloir descendre de quelques vingt centimètres plus bas. Test réussi, me voilà rassurée, merci monsieur le client !
Parce que je commence à avoir de sérieux doutes avec mon copain du moment. Rien en moi ne semble lui faire de l’effet. Alors un soir, après un petit restaurant fort sympathique (où le charmant patron ne m’a pas serré la main mais carrément collé deux bises, à l’arrivée comme au départ), je me blottis contre lui pour regarder un DVD. Comme il se borne à me caresser l’avant-bras, je lui attrape sa main pour la coller d’office sur mon décolleté et la maintiens là. En même temps, j’ai un peu froid, sa chaleur est des plus agréables. Ah, c’est sûr, tant que je la coince là, elle y reste. Mais dès que je relâche la pression, elle retourne bien sagement s’occuper de mon bras. Zut.
Une fois le film terminé, au moment de partir, je lui pose directement la question : « Est-ce que tu as remarqué que j’avais des seins ? ». Oui, enfin non, il n’a pas vraiment fait attention. Plusieurs clients du restaurant les ont matés mais pas lui. Cela dit, maintenant que je lui en parle… Trop tard, je dois rentrer, ce sera pour une prochaine fois ! Enfin, si je lui précise à voix haute et dès le début de la soirée, où il doit poser ses yeux, et le reste. C'est d'un romantique....
Lilith
Je connaissais les geeks, je découvre maintenant les rôlistes, néologisme pour les adeptes du jeu de rôle. Une petite idée de leur univers ? C’est là : http://tontoncrap.over-blog.fr/article-17651335.html
Tout comme chez les geeks, les rôlistes sont majoritairement des hommes ce que j’expliquerais par le fait que leurs jeux sont essentiellement basés sur des territoires, des armes, des combats et des prises de pouvoir, bref des « c’est moi qui ai la plus grosse » bien masculin.
Ils ont également leur propre langage dans lequel l’individu lambda – moi en l’occurrence – se perd dès le cinquième mot, une alimentation certes nettement plus importante du point de vue quantitatif mais qui n’en reste pas moins ressemblante qualitativement puisque composée d’assemblages hasardeux de restes de frigo, et d’une activité physique largement (voire totalement) supplantée par l’effort intellectuel.
Cela étant, le point fort du rôliste, c’est son imagination. Vivre huit, voire douze heures dans une réalité virtuelle sans ordinateur mais juste avec quelques dés polyédriques, du papier et des crayons demande un minimum de fantaisie cérébrale. D’autant que la plupart leurs personnages se classeraient sans hésiter parmi les fous dangereux, psychopathes et autres névrosés dans la vie réelle.
Alors moi, en naïve que je suis, je résume homme + imagination = soirées sympas et tant pis pour la conversation (d’ailleurs, je cherche encore le sens caché de la « crainte d’une embuscade d’un golem quelconque de foutoir » à propos de sa chambre…).
J’avais juste oublié un petit détail : tout ceci est virtuel. Des idées, des rêves, du fantasme et de la fantaisie, il en a, c’est sûr. Mais de là à les mettre en pratique, il y a un gouffre qu’un jet de dés ne saurait combler. Fumble.
Passée la déception de la première soirée, je me suis improvisée MJ. Et finalement, une fois le scénario mis en place, le mode d’emploi de ses armes détaillé pour un meilleur score et l’introduction en cours de jeu d’éléments de surprise, je me suis offert une partie joliment voluptueuse. Et je ne désespère pas de tomber un jour sur le graal avec un peu de chance via un d20 + vigueur et quelques points d’XP !
Bon sang, mais c'est bien sûr...
Je me suis réveillée tout à l’heure avec la conviction que j’étais faite pour lui.
Je ne sais pas ce que bricolent mes petits neurones pendant que je dors mais, des deux heures de conversation que j’ai eues dernièrement avec le Petit Prince, ils n’en ont gardé qu’une seule information : il a renoué avec ses insomnies, comme avant de me rencontrer.
D’où cette simple conclusion au réveil : puisqu’il n’a jamais aussi bien dormi que lorsqu’il était avec moi, il est évident que je suis ce qu’il lui faut pour vivre bien.
Rien par contre à propos de savoir si lui est fait pour moi. Au sortir d’une autre sieste peut-être ? Je vais me recoucher tiens...
Le petit prince est amoureux
« J’ai joué, j’ai perdu ». C’est ainsi qu’il m’a confirmé que son histoire n’avait pas marché. Il est resté seul pour les fêtes de fin d’années, à tourner en rond. Puis s’est repris et s’est lancé à fond dans le sport : ski, vélo, footing, moto, malgré la neige et le verglas. Il s’est fixé un but : traverser le Morvan à pied cet été avec un copain. Évidemment, je n’ai pas loupé l’occasion de lui proposer de compléter son entraînement dans ma salle de sport perso. Je dois bien reconnaître que j’ai été agréablement surprise qu’il accepte !
C’est étrange comme tout nous était naturel : mon café, son thé, notre discussion, la montée dans ma chambre, les vêtements au pied du lit, comme si rien ne s’était passé, comme s’il n’y avait pas eu ce break de trois mois. Les mêmes gestes, les mêmes sensations, les mêmes regards…
Je pose rarement des questions sur ce qui a été. Mais là, j’avais besoin de savoir deux choses. Qu’est-ce qui s’est passé ? Il l’a rencontrée, il s’est laissé charmer, elle l’a jeté. Pourquoi elle ? Un copain m’a suggéré une fois qu’elle était peut-être plus jeune, plus belle que moi. Ça ne m’avait même pas traversé l’esprit ! Moi je m’imaginais que c’était lié à mon manque d’investissement auprès de ses enfants. Il a admis qu’effectivement elle était plus proche d’eux que moi, peut-être même un peu trop. Mais ça n’a rien à voir, pour les enfants les choses étaient claires entre nous et ça lui convenait très bien comme ça. Je n’en ai pas su plus. Il a simplement rajouté qu’avec moi, c’était plus simple : je ne posais pas de questions et on se voyait quand on en avait envie. Justement tiens, je n’ai rien prévu pour ce soir, tu passes la nuit avec moi ?
Je me suis réveillée avant lui. Je dors moins bien quand il y a quelqu’un dans mon lit, il ne fait pas exception. J’ai eu le temps de repenser à tout ça. Quelque chose me gênait. Bien sûr, j’étais contente qu’il soit là, heureuse qu’il soit près de moi. J’ai mis du temps à trouver ce qui n’allait pas mais ça m’est apparu d’un coup très clair : je perdais de nouveau ma liberté. Rien que là par exemple, je ne me levais pas pour ne pas le réveiller. Il a annulé sa journée de ski pour rester avec moi ce matin : il n’aurait pas dû. Ce n’est pas ce que je veux. Lorsqu’il a ouvert les yeux, son premier geste a été de se rapprocher de moi, de poser sa main sur mon corps. Bah, je lui parlerai de ça plus tard !
C’est après le petit-déjeuner bien tardif que le vernis a craqué. Contrairement à moi, il n’avait pas réussi à se rendormir tout à l’heure. Les larmes dans les yeux, il s’est tourné vers moi et m’a dit : « Ça t’ennuie si je pars maintenant ? – Pas du tout, pourquoi ? – Je ne veux surtout pas te faire de mal. – Tu ne me fais pas de mal. On est resté un peu trop longtemps ensemble, je m’étais attachée à toi, j’ai eu quelques jours difficiles, mais c’est passé. J’ai repris mes distances, tout va bien. – Tu sais comme j’adore faire l’amour avec toi, mais je ne peux pas faire ça, je ne suis pas comme ça. Je me sens mal de te traiter de la sorte. – Tu te poses beaucoup trop de questions ! – Je sais, je n’y peux rien. – Ce n’est jamais bon de tomber amoureux. – Tu as raison, ça fait trop mal. Et je ne veux pas que tu en souffres. – Ne t’inquiète pas pour moi. Pars maintenant. – Je vais aller courir. – Je serai toujours là pour toi. »
Il m’a serrée fort dans ses bras, une larme a glissé dans mon cou, il est parti.
Atermoiement
Lorsqu'on m'a demandé si mon année avait bien commencé, j'ai évité de répondre à la question. Le travail est quasiment inexistant et, samedi soir, le jeune homme sur lequel j’avais des vues s’est apperçu tout d’un coup haut et fort que j’avais l’âge de sa mère. Ça calme. Il faut me rendre à l’évidence, ça sera de plus en plus dur de consommer.
S’il faut me contenter de relations amicales, autant commencer maintenant. Je relance d’un petit message le galant du nouvel an. Son offre de prendre un verre tient toujours, est-ce que je veux passer le soir même ? Vendu ! Quoique… un peu rapide ce rendez-vous. À tout hasard, je passe sous la douche et je me lave les dents. Pas plus. Mais on ne sait jamais…
À peine installée dans le canapé, une bière à la main, il commence à me parler de ses rencontres. Ses contacts sur les sites internet, sa recherche des trente à quarante-cinq ans, celle avec qui ça marchait super bien au lit, avec laquelle il a fait les quatre cents coups ou presque, à deux, à trois, à quatre… Pas terrible d’ailleurs à quatre, j’en conviens. Celle qui lui a dit que les hommes, à partir de la quarantaine, ne valaient plus grand-chose au lit. D’ailleurs, c’est pour ça qu’il en profite un maximum en ce moment, dès qu’il peut choper, il y va. En fait, il ne veut que des plans culs mais de plus ou moins longue durée. Dernièrement, il s’était trouvé une nana, bon pas très jolie de visage, mais un corps superbe, ça a duré quelques mois. Pas en continu, c’est sûr, mais c’était drôlement bien. Et puis, il y a eu celle qui avait des enfants et puis…
Du fond du canapé, je l’écoute placidement. J’acquiesce à l’occasion, fais preuve de présence avec quelques « Ah bon ? » et autres « C’est sûr ! ». Si parler de sa vie sexuelle m’était apparu de bon augure au départ, son excès verbal m’a rapidement fait déchanter : il a besoin de raconter tout ça à quelqu’un et c’est sur ma pomme que c’est tombé. Pas de bol. Bah, j’ai de la bière, je fume, il fait chaud et de toute manière il n’y avait rien à la télé ce soir.
J’attaque ma troisième bière quand il change de sujet pour parler du nouvel an. Il tient absolument à s’excuser de son comportement quand on a dansé ensemble. Je dois reconnaître que là, j’ai eu un blanc. De quoi est-ce qu’il me parle ? Parce que ça ne lui est jamais arrivé avant, c’est la première fois. Il ne sait pas ce qui s’est passé mais il est confus. Bon sang, mais quoi donc ? C’est vrai quoi, ça ne se fait pas et il espère que ça ne m’a pas choquée qu’il ait une érection… Aaaah, c’était ça ! Je suis bien élevée, mon éclat de rire je l’ai gardé à l’intérieur. Comme quoi, j’ai été particulièrement discrète, même lui ne sait pas d’où ça vient ! Cela dit, on n’est pas sorti du sable là…
Et il reprend sur ses petites histoires de rencontres, de filles bien fichues et de copulations mémorables. Je suis vautrée dans son canapé depuis plus de quatre heures quand il m’annonce brutalement : « Je ne sais pas draguer. Je ne sais pas comment faire pour venir t’embrasser sans avoir l’air ridicule. » Plaît-il ?
Je sors de ma léthargie, je remets en route les quelques neurones pas trop enfumés qu’il me reste. Vue l’heure, je n’ai vraiment pas envie de lui expliquer quoi que ce soit : on va dire qu’il n’y a pas de méthode, faut y aller et c’est tout ! Et c'est ce qu’il fait sans autre préambule après deux minutes de réflexion. Je crois que j'aurais préféré une autre bière à ce moment là…
Je profite de devoir justement éliminer mes bières pour couper ses élans et m’éclaircir les idées. Il est clair qu’il va falloir que j’y passe. Et c’est tant mieux parce que ça fait plus de deux mois que je n’arrive pas à me décider à fréquenter quelqu’un, il est temps de remettre la machine en route. Pas facile, surtout à froid comme ça. Si au moins il m’avait fait comprendre avant, ou juste laisser supposer, j’aurais été prête à accueillir ce revirement de situation. Mais là, persuadée du côté amical de notre relation, renforcé par ce début de soirée sans aucune ambiguïté, la tâche va être ardue.
De retour dans le canapé, je reprends tout depuis le début, je questionne. Cette envie lui trotte dans la tête depuis qu’il a vu ma fiche, elle s’est confirmée à notre première rencontre. Si, à Halloween, il a dit à ma fille que je ne l’intéressais pas, c’est parce que justement c’était ma fille. Pour le reste… et bien, effectivement, c’est un handicapé de la drague. Bon, on ne va pas perdre plus de temps, je décide de prendre les choses en main : je lui grimpe dessus et hop, c’est parti. La technique est là, le reste suivra automatiquement. Et ça marche. Du moins pour moi. Parce qu’au moment où j’ai besoin de sa participation virile, monsieur s'avère être aux abonnés absents ! Il semble qu’il n’aime pas être dirigé… Euh... je peux avoir une autre bière ?
Revoilà donc le coup de la panne, accompagné du classique « Je ne comprends pas, c’est la première fois ». Je reconnais qu'à cette heure tardive, avec ce qu’on a bu et fumé, il n’y a rien d’étonnant à ça. Mais avec tous les exploits qu’il m’a relaté consciencieusement avant, il se sent l’air con. Il peut. Moi, c’est clair, je renonce à quoi que ce soit aujourd’hui. Je me renfonce dans le canapé, on remettra ça une autre fois. Peut-être.
La conversation est de moins en moins suivie. Dans les longs silences, je suis absorbée par le clignotement de la clé USB de la chaîne. Je me laisse couler doucement dans les volutes de fumées. Je n’ai plus aucune idée du temps qui passe, je ne pense à rien.
Mais lui si. Il cogite. Enfin je suppose. Parce qu’il se décide soudainement à passer à l’action à nouveau. Il me réveille du mieux qu’il peut. De son côté, ça se présente pas mal du tout et je dois reconnaître qu’il a de quoi assurer. Finalement, elle ne sera peut-être pas si mal ma fin de nuit !
Mais son regain de vitalité n’aura duré qu’un temps, on ne se méfie jamais assez des effets pervers du plastique… Il essaie quand même. Me balance au passage que je suis très jolie. En d'autres circonstances j'aurais apprécié ; là, je crois surtout qu'il essaie de se motiver. Il insiste. S’acharne même. Peste. Se redresse. Vire le préservatif et file à la salle de bains en me faisant promettre de ne pas bouger. Reviens avec une sorte de spray. Se badigeonne avec. S’agite. S’en remet une couche. Je le regarde faire, interloquée. Pour quelqu’un à qui ça n’était jamais arrivé, je le trouve tout de même bien organisé ! Il est là, debout, à s’énerver tout seul dans les lumières douces des bougies pendant que je me délecte de sa chute de rein : pas l’ombre d’une poignée d’amour et un fessier irréprochable, à croquer. Lorsqu’il vient enfin s’allonger sur moi, ce sont ses abdos que je peux apprécier. Va-t-il y arriver cette fois ? Oui ? Non ? Presque ? Alléluia, il est dedans ! Bon, c’est pas tout ça mais si je ne veux pas être à l’origine d’une nouvelle chute de pression, il faudrait que j’y mette un peu de bonne volonté. Je me bouge, je l’agrippe dans le dos, je fais du bruit… Il doit s'arrêter toutes les trois secondes histoire de maîtriser la situation. Moi, à force de faire semblant, je finis par entrer dans le jeu. J’arrive même avant lui par inadvertance ! Voilà, ça y est, c’est fait. On peut aller dormir maintenant ?
Bonne année ?
C’était au nouvel an. Une de ces soirées dansantes classiques de fin d’année avec musique, cotillons et champagne. Je n’étais pas particulièrement enthousiaste à l’idée de cette sortie mais pas totalement réfractaire non plus. En fait, j’étais aussi bien là qu’ailleurs.
L’idée de départ était de noyer ma mélancolie dans l’alcool mais ça n’a pas été possible : je suis arrivée juste à temps pour me servir le dernier verre d’un cocktail au rhum et piquer une des six malheureuses bières qui traînaient au fond du frigo avant qu’il n’y en ait plus. Tout tournait autour des vins blancs et rouges et je n’étais pas suffisamment convaincue du traitement pour m’infliger une alcoolisation de mauvais goût. Alors j’ai chassé mon ennui en grignotant par ci par là, mon gobelet vide à la main.
J’attaquais une part de quiche au saumon lorsqu’il m’a invitée à lui faire signe dès que mon assiette serait finie pour qu’on aille fumer ensemble dehors. Une proposition totalement inattendue venant de sa part. À Halloween, fille première l’avait jaugé comme gibier potentiel pour moi : son âge, son physique et surtout la façon quelque peu admirative dont il avait parlé de moi ne lui avait laissé aucun doute et elle avait annoncé directement la couleur en l’informant que j’étais disponible. Elle voulait, à sa manière, me faire oublier ma rupture de la veille. Mais sa réponse avait été très claire : il ne pensait pas du tout à ça.
Je me suis forcée à terminer cette quiche tiédasse pour prendre le temps de la réflexion et finir par conclure que c’étaient des paroles en l’air comme on en dit souvent après quelques verres. Je venais juste de reposer mon assiette lorsqu’il est revenu me chercher. Est-ce qu’il guettait ce moment tout en dansant ? J’ai pris mon temps pour m’habiller, il a gentiment patienté, nous sommes allés rejoindre les autres fumeurs dehors.
Je n’avais pas l’intention de danser mais entre rester bêtement debout ou m’asseoir à côté de quelqu’un avec qui je n’aurais pas eu envie de discuter, il m’a semblé plus simple de me planter sur la piste en remuant un minimum en rythme. Jusqu’au moment de la série de slows. J’ai attendu un peu, personne ne m’a invitée, je n’ai invité personne, alors je me suis assise en attendant que ça passe. Au deuxième slow, il est venu me chercher. Est-ce que je faisais tant pitié que ça ? En guise de réponse, il a souri et pris ma main. J’ai posé une main dans son dos, l’autre sur sa poitrine. Je sentais nettement battre son cœur. C'était l'occasion de tester. Je me suis collée un peu plus à lui et son rythme s'est accéléré. Ou peut-être que c'était juste une idée. Mais en fait, ça n’avait pas d’importance. J’étais bien. Juste bien. Il a posé sa main sur la mienne. Je me suis laissée aller. Et puis j'ai eu un retour de lucidité. Je n’avais rien à attendre de lui, il n’attendait rien de moi. Je me suis détachée et, le titre fini, je suis retournée m’asseoir le temps que passe le troisième et dernier slow de la série. Il ne m'a pas retenue.
J’ai continué à fumer et à errer – du moins c’est ce qui me reste en mémoire – au milieu des danseurs agités. Il y a eu le feu d’artifice, puis le champagne, les desserts, le café. En tout cas, probablement dans cet ordre. Alors que je méditais sur un banc, il est revenu me chercher pour danser. Mais pourquoi est-ce qu’il ne m’ignorait pas comme tous les autres ? Qu’est-ce qu’il me voulait ? J’ai de nouveau bougé un minimum sur la piste puis je me suis avalée trois cafés et, les idées un peu plus claires, je suis montée me coucher.
C’est lorsque j’ai reçu son invitation le surlendemain à venir prendre un verre chez lui que tous ces détails me sont revenus. Et je n’arrive toujours pas à comprendre. Je ne ressens de sa part aucune envie d’aller plus loin. Je n’en ai pas envie non plus même si je dois bien reconnaître que ça ne me déplairait probablement pas. Mais pour une relation juste amicale, je trouve que ça fait beaucoup en peu de temps. Pourquoi est-il si gentil ?
Je croyais...
Je croyais avoir tourné la page, être passée à autre chose. Parce qu’il faut continuer à vivre, agir et penser de façon rationnelle. Les choses sont ce qu’elles sont, il est impossible de revenir en arrière. Inutile surtout. Jusqu’à cette sortie qu’on avait l’habitude de faire ensemble. Durant toute la soirée, j’ai parlé aux uns et aux autres, un verre à la main, de choses et d’autres, je m’amuse… Mais au moment de partir, une boule monte dans ma gorge, grossi, enfle, il me faut sortir maintenant. Vite, très vite. Fuir cette pression envahissante. Je viens de me rendre compte que ce soir, je rentrerai seule. Ce soir, il ne posera pas sa tête sur mon épaule. Il ne m’embrassera pas. Il ne me caressera pas. Ce soir ne sera pas comme les autres fois. Ils ont tous l’air si heureux, si bien et je me sens si différente, si seule… Dehors, quelques larmes s’échappent, la boule diminue un peu. À l’air frais, je me reprends un peu. Je voudrais ne rien laisser paraître. Mais ce soir, je n’en ai pas la force…
Ruptures
Il est étonnant de constater combien chaque rupture est toujours différente. À la fin de l’histoire, il y a des certitudes qui s'écroulent, même si parfois de nouveaux horizons – légèrement teintés de culpabilité – s'ouvrent. Mais dans chaque rupture, il y a des questions qui resteront sans réponse.
Je n’ai pas connu beaucoup de ruptures. Juste parce que je n’ai pas vécu beaucoup d’histoires que je peux considérer comme longues. Ces dix dernières années, ma vie – comme mon boulot – se compose plutôt de petits contrats, de consensus, d’accords sur une soirée, un week-end, trois jours tout au plus. Pas de sentiments plus que nécessaires, pas d’attaches, pas d’engagements, pas d’espoirs vains. Seulement quatre ruptures, mais toutes très différentes.
La plus marquante restera celle qui fut à la fois la première et la plus rapide. Une rencontre en septembre, un accord physique excessif, pervers et fusionnel à la limite du danger, une vie en commun deux mois plus tard. Au matin du 31 décembre, il m’annonce qu’il part aider sa mère pour le réveillon : il n’est pas revenu. Bonne et heureuse année ! Rien ne m’avait préparé à cette fuite dans l’urgence. J’ai vécu les semaines qui ont suivi dans l’alcool, la haine, les plans machiavéliques irréalisables, la prostration et les envies de vengeance. Ma colère et ma dévalorisation étaient à la hauteur de ce qu’avait été notre courte relation : démesurée. Je n’ai réellement retrouvé la paix que bien plus tard, lorsque j’ai renoué avec lui dans le seul but de prendre le dessus. Il n’était qu’un homme finalement.
La plus longue a duré une année. Un an avant de le voir quitter ma maison avec ses bagages et ses chats. Un an d’excuses et d’arguments pour ne pas partir. Un an pour en arriver à le détester tout à fait. Et à peu près autant ensuite pour qu’il ne cherche plus à me faire de mal à travers ma famille et mes amis. Tout ça pour à peine six mois d’entente…
Il y a eu aussi celui que je n’ai jamais vraiment oublié. Du moins jusqu’à cette année. Pas de vie commune cette fois, nous tenions tous deux à notre liberté. Jusqu’à ce qu’il trouve que j’en avais un peu trop. Et qu’il n’accepte pas en retour que je lui en laisse moins. Mes exigences l’ont poussé à bout, j’ai provoqué la rupture. Je l’ai regretté longtemps même si je me suis consolée très vite dans d’autres bras. Plus tard, quand je pensais à lui, il me venait une bouffée de tendresse. Et des souvenirs de bonheur.
Et puis il y a eu celui qui avançait toujours sur la pointe des pieds avec moi, guettant mes réactions, s’inquiétant de bien faire, soucieux de respecter ma liberté. Celui qui m’aimait. Je le savais et pourtant je me rappelle de l’effet incroyable de ces quelques mots le jour où il me les a dits. Il voulait faire durer cette relation, répondait à toutes mes envies, acceptant ma façon de vivre sans rien vouloir y changer, sans jamais rien me demander non plus. Mais il n’a jamais laissé ne serait-ce que sa brosse à dents dans ma salle de bains… Ça a été une rupture propre, sans passion, sans reproche. Une simple information : c’est fini nous deux. Je suppose qu’il y en a une autre ? Oui. Sur le coup, je n’ai rien demandé de plus, il me fallait d’abord accepter. Cesser d’espérer. Les premiers temps, je m’imaginais que c’était une mauvaise blague, une sorte de test pour voir ma réaction. Ou alors une rupture prononcée un peu trop vite, sur un coup de tête : il allait revenir sur ses paroles. Je le connais pourtant, je sais bien que c’est un homme qui sait prendre des décisions, je refusais simplement d’admettre. Parce que notre histoire ne pouvait pas se terminer en deux phrases. J’avais besoin d’une rupture, une vraie, pour passer à autre chose. Et puis je me suis rendue à l’évidence, je n’avais plus rien à attendre. Alors le sentiment de solitude m’a submergée, le monde autour de moi s’est éloigné. Je baignais dans un cocon de douceur et je me retrouve soudainement livrée à moi-même dans un immense espace vide ; de mes bras tendus, je ne touche plus rien et plus rien ne me touche. Je sais qu’il faut que j’avance, que je ne peux pas rester là comme ça, debout, à regarder de loin la vie qui passe sous mes yeux. Mais pour aller où ?
Quelquefois encore, quelques larmes involontaires m’échappent le soir au moment de m’endormir, sans aucune raison, sans même une pensée vers lui. Finalement, est-ce lui qui me manque ou juste quelqu’un comme lui ?
Et c'est raté
La porte de la rue est entrouverte, comme il me l’avait dit. Je m’arrête un instant en contemplant la double volée d’escaliers droit devant moi. Quatre étages, c’est parti ! La première fois que j’étais venue, je n’étais pas très claire – je peux même dire franchement éméchée – et il m’avait portée pour grimper les dernières marches. Là il n’y a personne et j’ai un petit sourire en arrivant tout en haut : ce n’est pas encore aujourd’hui que j’arrêterai de fumer, même pas essoufflée. Mes bottes résonnent sur le carrelage de la coursive. J’essaie d’en atténuer l’écho, c’est trop silencieux, aucun bruit ne parvient du boulevard de l’autre côté du bâtiment.
Chez lui aussi c’est bien calme. Inutile de sonner, il ne ferme jamais sa porte. Dans le salon, tout le cirque est resté à la même place que lorsque je suis partie cette nuit : cendriers pleins, verres et canettes vides, canapé lit défait… J’entends de la musique dans la chambre, il est seul, son colocataire est parti.
Il sursaute quand je pousse sa porte. Absorbé par des vidéos sur son PC, il ne m’a pas entendue entrer. Il pensait surtout que je ne viendrais pas. Mais j’avais apprécié son texto de ce matin : « (…) Faut qu’on se fasse pardonner. Surtout moi, j’en ai besoin ». Faut dire qu’ils n’avaient pas été glorieux les deux zouaves. Comme la fois précédente d’ailleurs. Des intentions, certes, mais physiquement incapables d’assurer un minimum de coït malgré tout le mal que je me suis donnée, et en double en plus. Sans compter que pour l’un d’eux, la grosse brute de service, heureusement qu’il ne sait pas où se trouve mon clito parce que j’aurais souffert ! Au moins, le beau gosse fait plus dans la délicatesse même s’il faut que je complète manuellement pour arriver à mes fins. Cela dit, la soirée n’a pas été totalement mauvaise non plus, on a eu de bons éclats de rire. C’est toujours ça.
Je m’allonge à côté de lui, il fait froid dans sa chambre, je lui pique un bout de couette. Il pose son PC à côté du lit et reste allongé là, sans bouger. Je ne fais rien non plus, j’attends qu’il me donne le feu vert et, accessoirement, que mes mains se réchauffent. Rien. Bon, je vois, encore à moi de démarrer la « conversation ». Ça va, ça prend forme. Je me glisse sous la couverture, il aime. Je m’active un peu plus et constate avec plaisir que les choses prennent une belle tournure, mieux que je ne l’avais jamais vu jusqu’à présent. Et puis soudain, c’est le drame. Pourtant je n’ai pas changé de rythme ni de position, je n’ai pas raccroché quoi que ce soit mais je me retrouve avec une nouille entre les mains. C’est quoi ce truc ? Là, il n’y a personne pour l’observer, rien qui puisse le déconcentrer ! Je le regarde, il constate comme moi l’affaiblissement – pour ne pas dire l’écroulement – de ses envies. Il va me faire ça à chaque fois ? Il n’a même pas l’excuse de l’alcool ou de la fatigue ! Je ne dis rien, lui non plus, je remonte juste à sa hauteur et me contente de lui caresser le torse. Sa peau est douce, je ne m’en lasse pas. Il se laisse faire, toujours sans bouger. Je promène ma main de ses épaules à son ventre, je m’attends à ce qu’il la dirige vers le bas pour reprendre où on en était resté mais non, toujours pas de réaction de sa part.
Soudain, il se lève et sors de la chambre. J’entends le bruit de la chasse d’eau, puis les robinets du lavabo. Il est parti s’habiller ? Qu’est-ce que je fais ? Je prends mon manteau et je me barre ? Ah non, il revient, toujours nu, et se recouche. Bon, je suppose qu’il veut que je reste. Peut-être lui faut-il un peu plus de tendresse ? Je reprends mes câlins, lui fait quelques bisous ; il se laisse faire mais mes tentatives pour le remotiver ne donnent rien de très probant. Finalement, je renonce. S’il n’y met pas un minimum de bonne volonté, pas la peine de perdre du temps avec ça.
Dans la voiture, je cherche où je me suis plantée. C’est lui qui m’a proposé de venir les retrouver cette nuit. C’est lui encore qui voulait que je vienne tout à l’heure pour rattraper le coup (c’est le cas de le dire). Sans compter qu’il m’a fait venir alors que son colocataire n’était pas là. Les choses me paraissaient claires à ce moment là. Serais-je devenue moins compétente en la matière ? Sursaut de fierté tout soudain : impossible, c’est justement parce qu’ils savaient ce qu’ils pouvaient avoir qu’ils m’ont appelée la veille. Même que je trouve qu’ils ont sérieusement abusé de mes talents d’ailleurs. Et si je n’étais pas à son goût tout simplement ? C’est encore bien possible ça. Je sais que je plais à son copain mais le beau gosse, finalement, ne m’a pas choisie. Voilà, ça doit être ça : s’il m’a fait revenir aujourd’hui, ça n’était pas pour moi, c’était juste pour regonfler son orgueil. Ben c’est raté. Et en prime, il m’a fichu le moral dans les baskets.
Alors pour me consoler, je me suis lancée dans des achats sur le net : http://www.adopteunmec.com, c’est plus simple, on choisi, on met dans le panier et hop, le tour est joué. Je n’ai pas encore tout vu mais, si ça se trouve, il y a une garantie contre les vices cachés…
Mysterious ways
Je sais bien qu’il y a des questions que je ne devrais jamais avoir l’opportunité de me poser. Enfin, si je suivais scrupuleusement les préceptes éducatifs de ma mère. Mais voilà, les choses étant ce qu’elles sont, mes choix de vie surtout, il arrive que certains gestes me laissent perplexe. Et la question du jour est : « Pourquoi a-t-il glissé mon string dans la poche arrière de son jean ? »
Sur le moment, j’y ai vu un côté prévenant. La chose avait glissé par terre, j’avais posé par inadvertance le pied dessus, il va de soi que je n’allais pas le remettre et encore moins l’abandonner dans le sous-sol de cette maison quasiment inconnue.
Mais il l’a gardé toute la soirée. Pourquoi ne pas me l’avoir rendu un peu plus tard alors que j’avais retrouvé mon sac à main qui m’attendait sagement près de mon siège ? Certainement pas par discrétion, il faisait suffisamment sombre pour que le transfert d’un petit bout de tissu échappe totalement à l’attention des nombreux invités. Fétichiste ?
Le problème des questions sans réponse, c’est qu’à la longue elles finissent toujours par tourner à la parano. Au petit matin, j’étais presque persuadée qu’il s’agissait d’un pari, je l’imaginais déjà exhibant son trophée sous le nez de ses potes de boulot en échange d’un ou deux billets. Faire des paris, c’est amusant ; en être l’objet, pas question, c’est trop facile.
Il dormait lorsque j’ai récupéré mes affaires, toutes mes affaires. Tant pis pour son pari. Sans compter qu'au prix où est la lingerie... De toute manière, je n’aime pas laisser des traces de mon passage, je préfère laisser des souvenirs. Et encore…
Travail d'équipeComment font les beaux mecs pour draguer dans une soirée ? Et bien les beaux mecs, les jeunes hommes charmants, gentils et agréables ne font rien. Ils se posent là, dans une soirée, discutent avec l’un ou avec l’autre, se promènent entre les gens et ça leur tombe dessus comme ça : un regard, un sourire et hop, une jolie fille les aborde, l’affaire est dans le sac. Alors, quand il leur arrive – exceptionnellement – de se retrouver dans une fête composée majoritairement de couples, où le gibier potentiel se fait rare, ils se trouvent tout démunis. J’ai un copain comme ça, il ne sait pas faire. Pourtant il aurait bien aimé rencontrer quelqu’un, juste pour la nuit, il en avait repéré une ou deux qui lui semblaient agréables. Mais il a refusé mon offre de jouer les intermédiaires, ça le met mal à l’aise les rencontres arrangées. Sa timidité l’a emporté, il est rentré tout seul ce soir là.
Ce samedi, j’ai eu l’occasion de découvrir une autre technique. La soirée ne se présentait pas très bien : le groupe qui jouait ne me plaisait pas et la cible que je m’étais plus ou moins fixée avant de venir s’est avérée être accompagnée. La bière me tenait compagnie depuis quelques temps déjà lorsque qu’un clone de Poelvoorde (en nettement plus jeune quand même) me tombe dessus. Il m’offre un verre, une cigarette, se présente, plaisante, me caresse l'épaule puis repart rejoindre des amis. À son retour quelques instants plus tard, j’avais déjà oublié son prénom. Ne s’en vexe pas. Me propose un autre verre puis me présente son meilleur copain. Et merde… pas de bol parce que franchement mieux le copain ! Je l’avais repéré tout à l’heure mais il avait fui mon regard. J’avais laissé tomber ne voulant pas lâcher ma place privilégiée au bar pour un hypothétique gibier. Là, je suis surprise, le beau gosse n’y va pas par quatre chemins : moins de deux minutes plus tard, alors que le belge s’était éclipsé de nouveau, il me propose qu’on s’isole. C’est ici que je dis que la technique est excellente : après avoir passé ce qu’il me semblait un très long moment à supporter son copain, c’est sans hésiter et presque avec soulagement que je lui dis oui. Tout à fait entre nous, il n’y avait aucune raison que je refuse, pas le genre de la maison, mais ils n’en savaient rien ni l’un ni l’autre. C’est vrai, j’aurais pu être ce genre de fille qui hésite, tourne autour du pot, se fait désirer, etc. Et ça, le beau gosse, m’est avis qu’il ne sait pas gérer. Bon, je passe les détails sur le capot d’une voiture, ça ne mérite pas trois lignes ici. Il y a des situations où il vaut mieux être autonome.
Mais la technique des deux zouaves ne s’arrête pas là. Au moment de partir, le beau gosse me propose de partager son taxi. Bien joué : si ça avait été le belge, j’aurais sûrement refusé. Pas là. C’est comme ça que je me suis retrouvée dans son appartement avec le beau gosse… et le copain. Et comme le beau gosse tient moins bien l’alcool que le belge... Logique, il n’y avait aucune raison que l’un profite et pas l’autre !
Il y a eu quand même un petit truc tout à fait inattendu – à mon sens – dans ce plan baise en duo : le belge a dormi sur le canapé alors que son copain m’a offert son lit et son épaule pour terminer la nuit. Je crois qu'en réalité le beau gosse est un tendre…
ConstatFille troisième s’y connaît en amoureux. Selon elle, il y a trois catégories :
1. ceux qui te collent toute la journée, 2. ceux qui font rien qu’à t’embêter tout le temps, 3. ceux qui rougissent et bégayent quand ils te parlent.
Les garçons, finalement, c’est simple…
Jouons ensemble
On avait pris rendez-vous tôt le matin. Il m’avait précisé ce qu’il voulait me voir porter. Et quand il est arrivé, on est monté directement, sans passer par la case "café au salon".
– Il est où mon petit cadeau ? – … ? – Ben oui, c’est comme ça qu’elles disent les putes, non ?
Il a sourit. – La prochaine fois, promis ! – La maison ne fait pas crédit ! – … – Bon, ben tu n’as qu’à faire semblant de m’aimer alors…
Merci !
J’ai cherché un charognard (vous savez, celui qui vient consoler les âmes en détresse et profite de la situation), mais finalement j’ai trouvé un chevalier décidé à me sortir des griffes de la mélancolie. Il n’a pas hésité une minute à braver les éléments dès qu’il a entendu mon appel à l’aide : le temps de se changer, de trouver une excuse pour sa conjointe, faire une heure de route et il était là, prêt à compenser la défaillance d’un de ses congénères. Certes, il ne pouvait m’accorder qu’une demi-heure – ce qui lui a largement suffit d’ailleurs – mais sa motivation était tout ce qu’il me fallait pour me remettre du baume au cœur.
Un peu plus tard, un autre est passé par là, a vu de la lumière à ma fenêtre, est entré : il avait juste quelques heures à perdre, sa copine l’ayant abandonné provisoirement. Ni charognard, ni chevalier, mais plutôt un ange avec son regard ingénu et ses jolies boucles blondes, totalement ignorant des histoires de lapin qui courent actuellement. Il a été comme un dessert, une douceur sucrée pour achever mon dimanche. J’en ai gardé longtemps le sourire dans mes yeux.
Avec le recul, je note tout de même deux choses :
1. Les célibataires ne sont pas disponibles le week-end si on ne s’organise pas un tant soit peu avant.
2. Les hommes mariés (ou tout comme) s’ennuient le dimanche. À bon entendeur…
La promo du jourUn « ça peut se faire », c’est un oui, non ? Enfin, un oui à 80 % me semble-t-il. Qu’est-ce que je fais ? Je l’attends pour le café ? Oui ? Non ? Bon, au pire, j’en reprendrai un second. Je scotche devant le film cucul de l’après-midi qui commence. J’ai comme l’impression que je vais encore agrandir ma liste des lapins…
C’est agaçant tout de même : entre le travail et les enfants, je n’ai pas beaucoup d’opportunités – je sépare scrupuleusement ma vie de mère de ma vie dissolue – et là, je viens de déposer Fille première chez son père ce qui me fait quatre heures de liberté avant mon prochain client. Lui, invité de la veille pour le café et la sieste ne travaille pas aujourd’hui et n’a pas d’obligations familiales. S’il avait eu un impératif, j’imagine qu’il m’aurait répondu non dès hier soir au lieu de ce « ça peut se faire ». Et s’il avait eu un contretemps de dernière minute, je suppose qu’il m’aurait appelé, mais non, rien. Les minutes passent, va falloir me faire une raison là, peu de chance qu’il vienne. Je déteste gâcher mon temps libre.
Le film est vraiment trop nul, je vais à la banque pour y déposer quelques papiers. Petite balade à pieds, histoire de profiter du soleil. Sur le chemin du retour, mon téléphone sonne, ce n’est pas lui : – Tu es où ? – Dans le cimetière ! – Pardon ? – Oui, je reviens de la banque, je rentre à la maison et le cimetière est sur ma route, pourquoi ? – Je peux passer cet après-midi ? – Faut que je vérifie mon agenda, je te rappelle dès que je suis chez moi.
Tout en marchant, je cogite. Une chose de sûre, c’est que l’autre ne viendra pas. Quand il m’avait parlé d’exclusivité, je lui avais notamment répondu que ça n’était acceptable que s’il était disponible à la demande ou presque. Pas vraiment mon genre d’attendre le bon vouloir de monsieur et de me languir devant un téléphone – ou pire le téléfilm de l’après-midi – en espérant qu’il daigne me faire signe. De toute évidence, il a d’autres priorités. Où alors, il trouve très amusant de jouer avec ma patience avec l'espoir que je me jette à son cou, tel le sauveur, lorsqu'il se sera décidé. Et puis zut, qu'il aille se faire voir !
En arrivant au bureau, je trouve un texto sur mon portable : « J’ai une surprise pour toi ». Je le rappelle immédiatement : – Je déteste les surprises ! – La surprise, c’est que je viens avec un copain… – Heu… je ne crois pas que je sois assez en forme pour ça ! – Non, t’inquiète pas, on vient juste prendre le café – Juste pour le café ? Ok, je fais chauffer la machine !
Je me méfie de ses copains. Le seul que je lui connaisse faisait franchement peur à voir en plus de n’avoir aucune conversation. Mais quand je leur ouvre la porte, je suis agréablement surprise. Pas très grand l’invité surprise mais tout à fait à mon goût et, en prime, motard. Bien sûr, on parle beaucoup moto entre lui et moi, mon copain étant plus occupé à glisser sa main sous mes jupes. La situation est un peu bizarre mais très excitante. Au moins c’est clair, ils ne sont pas venus juste pour le café. Je l’arrête lorsqu’il m’allonge sur le canapé. Certes il en a vu d’autres celui-là mais à trois dessus, ça risque de lui être fatal, un lit me paraît nettement plus adapté.
Dans la chambre, mon copain ne perd pas de temps et s’attelle immédiatement à ce qu’il sait faire de mieux. De temps en temps, je jette un œil vers son copain, il reste debout, à distance. Pas si facile d’entrer dans le jeu. Moi-même, j’ai un peu de mal à me laisser vraiment aller. Lorsqu’il se décide enfin à venir s’asseoir sur le lit, je m’occupe de lui. Comme il semble bien apprécier ce que je lui fais, je goûte alors pleinement la situation. Je n’arrête pas une minute, avec l’un, puis l’autre, j’y laisse toute ma salive : deux hommes, c’est deux fois plus de boulot. Mais avec des partenaires de jeu bien motivés et bien équipés comme ils le sont, c’est vraiment un plaisir… même si je n’ai pas eu tout ce que je voulais ; il leur manque encore un peu de complicité entre eux pour que ce soit parfait.
C’est le coup de sonnette de mon client qui met brutalement fin aux ébats. Je me rhabille en urgence et dévale les escaliers (avec des talons, c’est du sport) en les laissant là tous les deux. Lorsque je reviens une demi-heure plus tard, ils sont habillés, tout est rangé, le lit est fait, les plastiques jetés. La prochaine fois, je leur laisse l’aspirateur à portée de main !
AffrontementCe que j’aime dans les relations humaines, c’est leur diversité.
Piercings à l’arcade et sur la langue, rien d’exceptionnel, mais administrateur réseaux qui se passionne pour la métallurgie et occupe ses loisirs à faire fondre du métal, c’est plus original.
De la fougue, de l’enthousiasme, de l’endurance et de la curiosité certes, mais du haut de ses 22 ans, il y rajoute de l’audace, une absence de pudeur et une jolie dose de perversité peu communes à cet âge. Dominateur dans l'âme, une totale confiance en lui, je crois que j'ai trouvé un adversaire à ma mesure.
Il lui faut encore apprendre le sens des mots délicatesse et tendresse pour en faire une relation un tant soit peu suivie. Enfin juste un peu. Et lui faire oublier la notion d’exclusivité. Mais ça, c’est pas gagné.
Bénévolat
Les rendez-vous qui sautent (eux…), ça me laisse le temps d’aller visiter les malades à l’hôpital. C’est mon côté dévoué et charitable.
Bon, en fait de malade, je ne vais pas voir les lépreux non plus, il y a des limites à ma bonté. C’est juste un très bon ami qui vient de se faire opérer de la main. Certes, on s’est fait surprendre par une infirmière tous les deux couchés sur le lit, mais rien d’incorrect, je vous assure ! Certes, j’avais gardé la tenue prévue pour mon rendez-vous initial annulé mais, mis à part un décolleté un peu aguicheur, rien qui ne puisse choquer tous ceux que j’ai croisé dans les couloirs.
Après que je sois partie, une infirmière a demandé à mon ami qui étaient ces jolies femmes qui venaient me voir. Il avait eu, en effet, une autre visite la veille… et ça n’était pas sa mère. Lui, sans hésiter, a répondu : « Mes maîtresses ».
Alors la femme (de mon âge) qui tenait compagnie à son fils (de son âge) dans le lit voisin l’a toisé d’un œil moralisateur et lui a balancé sur d’un ton péremptoire qui exprimait toute sa désapprobation : « Et vous payez combien ? ».
|
|
|