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Sept heures d'une vie
6 h 30, le ciel commence à s’éclairer timidement, je claque la porte derrière moi. Ça va encore être une de ces jolies journées ensoleillées de début d’automne, douce transition avant que ne s’installe pour un bon moment la pluie froide et la grisaille. Je marche dans la rue déserte, la tête vide. Je m’arrête un instant, je réfléchis au trajet à parcourir jusqu’à l’arrêt de bus : demi-tour, il faut que je prenne l’autre rue. Ça commence bien !
Voilà, plus que le gros carrefour à traverser. De l’autre côté du rond-point, je vois l’abribus un peu à gauche sur le trottoir d’en face. Et en même temps, mon bus qui arrive par la droite. Petit calcul rapide… trop juste, impossible de traverser maintenant. Et personne à l’arrêt, il ne ralentira même pas. Zut, si je le rate, je serai en retard. Petit instant de panique. Je m’agite, je fais de grands gestes, le chauffeur me répond sur le même ton : nous nous sommes compris. Je laisse passer un camion, deux voitures, je traverse en courant, je grimpe rapidement, balbutie un merci et m’assois. Au fait, est-ce que c’était le bon bus ? Tant pis, pour l’instant il va dans le bon sens, j’aviserai en temps voulu.
Pendant que les maisons grises et jaunes en fonction des emplacements des lampadaires défilent, je me dis que j’aurais dû accepter la proposition de ma mère qui voulait m’emmener en voiture. Finalement non, c’est aussi bien ainsi, je n’ai pas envie de parler. Plus personne ne monte ni ne descend aux arrêts suivants, j’y serai en moins de vingt minutes.
Quand j’arrive dans ce grand bâtiment moderne, tout est bien calme, juste un homme à l’accueil. Je ne sais pas comment lui dire les choses. Il m’interrompt gentiment, il lui faut simplement mon nom, il saura. Prendre là tout de suite à droite, ascenseur, premier étage, zone verte, puis à gauche, et au fond du couloir la salle d’attente. Les escaliers sont en face de l’ascenseur. Quatre femmes sont déjà là, dans un silence pesant. Je plonge le nez dans mes papiers en attendant que l’infirmière m’installe dans ma chambre. Elle m’indique mon lit et me liste mon paquetage : une serviette de bain, un produit désinfectant et une blouse bleu marine en papier tissé. À travers la fenêtre, je distingue à peine le parking en dessous, il fait encore trop sombre ; je dois me coller à la vitre pour ne pas voir mon reflet. Quelques larmes s’échappent furtivement. Je voudrais être ailleurs. Chez moi. Le seul endroit où je me sentirais en sécurité. Je crois que j’ai peur. Il faut que je m’occupe l’esprit. Penser au cadeau d’anniversaire que je me suis offert hier. C’était le but : me gaver de jolies images pour pouvoir les réutiliser aujourd’hui.
L’idée m’est venue lorsque je l’ai rencontré en soirée : une amie nous a présentés, il ne connaissait personne d’autre. Une attitude timide avec un physique d’haltérophile, le contraste était craquant. Échange de banalités sympathiques, mais impossible de converser trop longtemps, je dois retrouver mes amis. Un peu plus tard, je l’ai aperçu en compagnie d’une grande blonde en mini-jupe. Ça m’a fait sourire. Nettement moins le grand black qui louchait également sur cette cible trop facile. C’est au moment de partir, lorsqu’il a posé sur moi ce regard si touchant que mes doutes se sont envolés. Quelques messages échangés les jours suivants et le deal était fixé : pour mon anniversaire, il m’offre deux heures de son temps et je fais de lui ce que je veux. Yeahhhhh !!!
Ma colocataire du jour – une vieille dame qui me paraît être une habituée des lieux – sort de la douche, c’est mon tour. Amusant, je m’attendais à de l’eau un peu partout, un emballage de savon qui traine, quelques cheveux… mais là, rien. Tout est impeccable. Ça me change des hommes qui ne peuvent s’empêcher de marquer leur passage dans ma salle de bain !
Je m’installe sur le lit pour feuilleter un magazine. Un Closer qui nous a été donné gracieusement quand j’ai acheté des chaussures à Fille Troisième. À la troisième page, je laisse tomber. Je n’accroche pas. J’extirpe de mon sac à main un livre de poche. Un vieux livre que j’avais retrouvé chez ma mère la semaine dernière, il m’avait été offert par une copine de troisième. Ça date ! Pas terrible non plus, une histoire à l’eau de rose dont on devine la fin dès les premières pages, mais c’est toujours mieux. J’ai froid. Je renfile mon gilet par-dessus la blouse bleue, j’étale mon manteau sur la mince couverture et m’entortille dedans. Je relis deux fois chaque paragraphe. J’ai du mal à me concentrer.
Une infirmière passe pour vérifier tension, température et papiers. Seul un petit rideau me sépare de ma voisine, je ne peux m’empêcher d’écouter. Et d’être surprise lorsqu’elle donne sa date de naissance. Je lui aurais comptabilisé au moins soixante-quinze ans. Elle n’en a même pas soixante-cinq. C’est vrai qu’elle n’a pas trop de rides mais tout dans son apparence, sa façon de marcher, de parler me l’ont fait classer dans les « plus vieille que ma mère ». À moins que ce ne soit ma mère qui ne fait pas son âge et fausse mon jugement… Il faudra que je le lui dise. Mais toute veille qu’elle est, lorsque l’infirmière lui demande quelle est la personne à prévenir et le nom d’une personne de confiance, elle répond dans les deux cas : « Mon mari ». Une chape de solitude me tombe sur les épaules. J’aurais aimé ce matin avoir une main à tenir pour venir ici. Pas simplement un ami qui se serait senti obligé de me faire la conversation, de me dire que tout va bien se passer, à qui j’aurais dû faire bonne figure non, juste quelqu’un qui m’aurait rassurée par sa seule présence, qui aurait attendu avec moi en silence, qui m’aurait fait me sentir moins vulnérable, auprès de qui j’aurais pu me blottir. Je m’enroule un peu plus dans ma couverture.
Un brancardier vient chercher la vieille dame. J’ai toujours le nez dans mon livre. Du moins j’essaie. Mes yeux n’arrivent plus à suivre les lignes. Je laisse tomber et décide de dormir. De ma mémoire, je m’oblige à extirper mes souvenirs d’hier. Son corps, mes mains, ses baisers, son regard, sa curiosité pour la pile de livres à côté de mon lit, nos rires, sa tendresse… C’est une aide-soignante qui me réveille lorsqu’elle vient refaire le lit de ma voisine. Je me redresse et reprends ma lecture.
Ça fait trois heures que je suis dans ma chambre lorsqu’on vient enfin me chercher. Allongée sur le brancard, mon chauffeur ramène le drap au-dessus de moi, rajoute une couverture par-dessus et remonte les barrières sur les côtés. Les lumières blanches du couloir s’égrainent régulièrement. Ça me fait remonter trente ans en arrière, un accident de moto, un court instant de lucidité de quelques secondes dans mon inconscience de deux jours. Les néons défilaient bien plus rapidement, je crois bien que les infirmiers courraient. Aujourd'hui, je profite du trajet, l’ascenseur, les couloirs, les portes automatiques… les larmes refont surface. Il compatit à sa manière avec un « Vous seriez mieux chez vous, n’est-ce pas ? ». Au passage, d’un geste rapide, il envoie voler le petit chapeau vert d’un collègue assis dans un coin. C’est idiot mais ça me fait sourire. Tout d’un coup, il m’arrête le long d’un mur. « Je vous laisse là, on va venir vous chercher. » Contre le mur opposé, une femme étendue sur un brancard, comme moi. Et encore une autre un peu plus loin. Une quatrième nous rejoint de mon côté. Quatre corps abandonnés dans un couloir, des gens en blouse blanche qui passent au milieu sans nous jeter un regard. Sauf une infirmière qui nous lance un joyeux « C’est bien calme ici ! », sans ralentir le pas. Rien d’autre à faire qu’à attendre.
Je me sens mal. L’impression que nous sommes parquées comme du bétail avant d’aller à l’abattoir. Plus aucun effet personnel sur moi, même pas une pince à cheveux. Je ne suis plus personne. Je ne suis plus qu'un être vivant sans âme. Je n’existe plus pour les autres. Je remonte mes genoux, me plie à moitié sur le côté. Je voudrais me cacher, disparaître. Je tourne ma tête vers le mur, je ne veux pas montrer mes larmes qui ne cessent maintenant de couler doucement. Je tente désespérément de rappeler mes bons souvenirs mais ça ne fonctionne plus. J’ai peur mais je ne sais pas si c’est vraiment de la peur. En tout cas, ce n’est pas comme lorsque je me suis lancée dans le vide avec un élastique aux pieds. Différent aussi de l’angoisse d’avoir attaqué un virage beaucoup trop vite. Rien à voir non plus avec le stress précédant un discours devant plus de cinquante personnes. Non, là mon estomac ne réagit pas, mon cœur ne bat pas plus vite. Juste une peur latente d’être coincée en milieu inconnu, hostile, sans aucune possibilité de fuite. Oui, c’est ça. Je suis sans défense, sans arme, dépendante du bon vouloir de ces gens en blouse blanche, dans l’incapacité de gérer quoi que ce soit, obligée de leur faire confiance. Et je ne leur fait pas confiance. Je ne peux pas. J’ai beau essayer de me raisonner, mon instinct me dit de fuir. Ne pas me laisser faire. Je sais pourtant ce qui va se passer, tout m’a été expliqué, détaillé. Mais je n’ai qu’une envie, c’est de courir au bout de ce fichu couloir, les empêcher de m’attraper. Je me recroqueville un peu plus. C’est tout ce que je m’autorise à faire.
Une infirmière vient devant moi et, sans un mot, me roule jusque dans la salle d’opération. Je dois me glisser sur la table. Quelqu’un me dégage l’arrière de la blouse. De chaque côté, on me sort rapidement les bras des manches. L’anesthésiste me plante brutalement une aiguille à l’intérieur du coude. Une voix me demande d’allonger les jambes. J’en étends une. L’autre, je n’y arrive pas. Je ne veux pas qu’ils me touchent. La panique m’envahit. Je voudrais crier mais aucun son ne sort.
À ma droite, une femme sur un brancard, enroulée dans sa couverture. À ma gauche, la même chose, à ceci prêt qu’elle ronfle comme un sonneur ce qui me fait vaguement sourire. Un peu plus loin, trois autres endormies. J’en conclue que l’opération est finie. L’aiguille au creux de mon coude me fait mal mais c’est tout. Aucune douleur ailleurs. Tout d’un coup, c’est la crise de larmes. Impossible de les retenir. Je me redresse. Une infirmière s’en rend compte et me demande de me rallonger. J’esquisse le mouvement mais c’est trop difficile. Je me remets assise. J’enroule mes bras autour de mes genoux. Elle laisse tomber. Je pleure de plus en plus, comme une gamine. Le chirurgien qui a été averti vient se planter devant moi, deux infirmières à ses côtés. Je ne sais pas ce qu’ils me disent mais ça à l’air de les amuser. Ils restent quelques secondes et repartent. Comme les visiteurs d’un zoo qui s’amusent puis se lassent rapidement des simagrées des singes. J’apprendrai plus tard qu’il s’agit d’un choc postopératoire, lié en partie à l’anesthésie générale et qui arrive parfois après une opération portant sur la féminité. Sur le moment, je mets ça au compte du stress et des nuits précédentes bien trop courtes. Je sais que je suis ridicule mais je m’en moque. Il faut que ça sorte. À travers mes larmes, je constate que ma voisine de gauche est réveillée, celle qui est un peu plus loin, à son tour, y va de son concert nasal. Je suppose qu’elle ne devrait plus tarder à ouvrir les yeux. J’ai donc dû ronfler aussi. On me passe enfin un mouchoir, puis un second. Ça me permet au moins de respirer un peu mieux et de me calmer.
J’arrive enfin à m’étendre. De chaque côté, on vient m’enlever des fils scotchés un peu partout que je n’avais pas encore vus mais pas l’aiguille. Quelqu’un me roule jusqu’à la porte de sortie. Au passage, on me demande mon numéro de chambre. Je n’en ai strictement aucune idée. Derrière moi, j’entends un « 123 ! » ; il suffisait de regarder ma fiche. Le trajet est court, je suis stockée dans un sas entre deux couloirs.
Celui qui est chargé de mon transport n’ira pas plus loin, il m’annonce qu’un autre prendra le relais. Avant de partir, il remonte ma blouse sur mon épaule pour que je sois un peu plus présentable. Cette simple attention et la délicatesse du geste sont si humaines et si inattendues ici que je me remets de nouveau à pleurer doucement. De temps en temps, des gens traversent le sas : je vois apparaître un bras au-dessus de moi – le bouton d’ouverture de la porte est de mon côté du mur – puis un dos qui s’éloigne avant que la porte ne se referme. Pas un mot pour s'excuser vaguement de me passer par-dessus, ils ne me voient pas, je fais partie des objets qui traînent ici. Je m’occupe en faisant le point mentalement sur mon corps : j’ai mal aux adducteurs, un peu au ventre et la contraction musculaire du cou que je subis depuis trois jours est toujours là. Aucune idée du temps qui passe, mon esprit tourne au ralenti.
De retour dans ma chambre, les larmes s’estompent enfin. Je commence à me reprendre. J’envoie un petit mot à ma fille pour lui dire que tout s’est bien passé et qu’il y a des carottes râpées pour midi. Elle n’aime pas les carottes râpées. De toute manière, elle ira manger en ville. Je passe un coup de fil à ma mère pour lui confirmer l’heure de la sortie. C'est seulement à ce moment là qu'on m'enlèvera cette fichue 'aiguille, et qu'on s'apercevra par la même occasion qu'elle s'est enfoncée un peu trop loin. Je reprends ma lecture fastidieuse. La concentration est toujours aussi difficile. Entre deux lignes, je ne peux m’empêcher d’imaginer ce qui s’est passé pendant que j’étais endormie. L’opération est une chose. Mais la sensation d’avoir été à la merci des autres, qu’ils ont fait ce qu’ils ont voulu de mon corps, surtout dans cette partie là, sans que je puisse dire ou faire quoi que ce soit m’angoisse terriblement. J’aurai encore d’autres crises de larmes et quelques nuits d’insomnies avant d’oublier.
En moyenne, chaque personne possède un testicule
– Vous fumez ? – Oui. – Vous savez que le premier facteur de risque est le tabac ?
Et voilà, c’est reparti pour la leçon de morale du jour. Avec un petit coup de culpabilité en passant : évidemment que je suis responsable de ce qui m’arrive, je n’ai pas une vie irréprochable, je l’ai bien cherché ! Quelques décennies en arrière et c’était parce que j’écoutais du rock. Ou parce que je n’étais pas une épouse fidèle. Ou parce que je n’allais pas à la messe.
Si j’avais eu un accident de la route, on m’aurait reproché la vitesse. Facile. Si la météo est pourrie ce week-end, c’est à cause du réchauffement climatique. Évidemment. Et pour tout le reste, c’est la crise. Pratique.
C’est à se demander par quel miracle je suis toujours en vie. Je fume, je bois, je ne fais pas de sport, je ne mange pas bio, je me couche tard, je baise, je fais de la moto, bref je vis. Sacré facteur de risque ça.
Je ne dis pas que tout ça est faux, c’est juste que la diabolisation, sous quelque forme que ce soit, m’agace au plus haut point. La vitesse et le tabac par exemple – particulièrement prisés actuellement – ont l’avantage d’être du domaine comportemental et, par cet effet de responsabilité, de rendre invisible tout autre élément extérieur. Inutile de chercher plus loin, c’est à cause de ça.
Dans sa liste statistique, le quatrième et dernier facteur de risque est du domaine psychologique. De quoi y fourrer tous ceux qui ne concordent pas avec les trois premiers cas. Avec ça, hop, tout le monde est bien gentiment rangé dans une case. Je ne lui avais pourtant rien demandé d’autre que de me soigner mais maintenant, je sais que c’est de ma faute. Merci.
Soliloque corporel
Je n’ai pas le talent d’un Boris Vian pour m’imaginer la croissance d’un nénuphar. De toute manière, il aurait fallu qu’il soit nourri aux hormones mon nénuphar. Au minimum.
Non, j’ai juste pensé au sketch de Florence Foresti à propos des filles douées en amour et leur boisson officielle – le kir royal – qui leur fait dire, dès la deuxième gorgée : « Oh, je suis pompette ! ». « Pompette ! Moi je ne suis jamais pompette, je suis toujours bourrée, alors, ça ne peut pas m'arriver. Non mais c'est vrai, je ne passe pas par pompette ! Je vais au dernier stade directement. »
Pas de stade intermédiaire pour moi non plus. Le virus que j’hébergeais gratuitement – et sans le savoir – depuis plusieurs années a décidé de sortir de l’ombre. En quatre semaines et deux biopsies, il est passé allègrement au niveau trois. Pas le temps de tergiverser, pas le temps de s’apitoyer, à peine le temps de s’inquiéter, il faut enlever.
J’ai entendu la sentence dans une relative indifférence. Depuis dix mois, petit à petit mon corps cesse de se battre pour vivre. Depuis l’abcès dentaire à la tendinite, en passant par diverses infections, on pourrait considérer cette rapide évolution comme la cerise sur le gâteau. Quoique…
Je voudrais me convaincre que tout va bien, ou presque. Mais ignorer le problème ne le fait pas disparaître pour autant. Mon corps a mal… quelque part dans mon âme.
« Quand le chagrin ne trouve plus d’issue dans les larmes, ce sont les organes qui pleurent. » (Rimbaud)
Dilection
« Elle est pas belle la dame ! ». C’était un samedi matin à la poste. En dehors de sa mère, j’étais la seule dame de la file d’attente. Pas de doute, la réflexion de ce môme de cinq ans m’était destinée. Vie de merde…
« C’est une super soirée que tu as organisée ! Et puis elle, là-bas, qu’est-ce qu’elle est belle… Y a pas photo, c’est bien la plus jolie de la soirée, n’est-ce pas ? » Et c’est à moi que tu dis ça ? Ça fait toujours plaisir de savoir que tu es en train de discuter avec un thon… « J’adore ses cheveux. Et pas que ça d’ailleurs. C’est vraiment une fille superbe ! » Oui, c’est pas faux. Mais si on pouvait changer de sujet… non ? Bon, tant pis. De toute manière, je n’ai que ça à faire de t’écouter t’extasier pendant près d’une heure et me détailler par le menu tout l’effet qu’elle te fait. Vie de m…
« Je suis sorti avec des supers nanas. Tiens, il y en avait une qui était plus vieille que toi. Mais tu verrais la fille… magnifique ! Sportive, une pêche d’enfer, même pas les seins qui tombent et puis, une affaire au lit… » Oui, bien sûr, je vois. Toute la soirée à me parler de tes supers conquêtes, maintenant que tu as finis ton verre, il est temps de sortir de mon canapé et ma vie puisque je ne suis pas assez bien pour toi. Vie de…
« Je sais bien qu’il faut que je l’oublie. Mais c’est pas possible, j’en suis raide dingue ! Regarde comme elle est jolie, et elle a l’air si triste… Une fille comme ça, tu comprends, tu peux pas l’oublier, c’est pas possible ! On a envie de l’aider, on a envie de la prendre dans ses bras, de la câliner… » Je comprends, tu es amoureux, elle est jolie, tout ça… Paie-moi encore quelques bières histoire que je ne me suicide pas tout de suite. Vie…
« Sinon, celle-là, tu la connais ? » Bien sûr, toi aussi. J’aurais dû me douter. Comme les autres. C’est la vie…
Doit bien y avoir un truc entre pute et copine. Mais je ne sais pas faire.
Appât
Je ne sais pas exactement quel âge j’avais mais ça c’est passé en semaine à un repas de midi, je n’étais donc pas encore demi-pensionnaire. Peut-être onze ans, ou douze. Ma mère parlait de collants avec ma sœur aînée lorsque mon père est sorti de son silence habituel pour lui balancer sur un ton de reproche : « Y a rien de plus moche que les collants ».
À cette époque, je ne l’avais pas encore descendu de son piédestal. Grâce à lui, j’avais déjà bien compris que c’était une honte d’être une fille. J’en ai déduit ce jour là que pour lui plaire – et par extension plaire aux hommes en général – il fallait mettre des porte-jarretelles. Ma place dans ce monde était des plus claires : pour obtenir un minimum de pouvoir et donc d’existence, en tant que fille je ne pouvais compter ni sur ma force, ni sur mon intelligence. Seule restait la séduction, réduite aux hormones mâles.
Il avait raison. Tous les hommes que j’ai rencontrés se laissaient mener par le bout de la queue avec une facilité déconcertante. Les autres, s'il en existe, je ne les ai pas croisés. Et quoi qu’il en soit, je n’en ai gardé et n’en garderai aucun.
Excoriations
Mon meilleur ami est reparti tout à l’heure. Il était là pour trois jours, c’est bien trop court. Trois jours où, entre ses visites à la famille et aux copains, on n’a passé que très peu de temps ensemble. Mais il était là, ou pas bien loin. Et ça me suffisait. C’était comme avant.
Mon copain du moment est parti un peu après. Parce qu’il a une vie aussi lui. Bien sûr. C’est juste que ça aurait été le bon moment pour me serrer dans ses bras, m’entourer de sa douceur, partager sa chaleur. Lui qui ne sait me donner que de la tendresse n’a en plus aucune capacité d’empathie.
Le blues des dimanches
Rentrer tard et se jeter immédiatement sur le clavier pour retrouver un semblant de vie dans un carré lumineux. Pour ne pas se faire étrangler par le silence de la nuit. Éviter de faire face à sa solitude. Lire les petits mots laissés par d’autres, y répondre parfois. En chercher d’autres encore. Ailleurs. Deviner leur vie et leurs envies à travers leurs mots. Espérer une attention particulière, quelque chose qui justifierait d’être là. Fouiner, scruter, disséquer chaque page, chaque phrase. En partir, y revenir, se surprendre à espérer un changement, une réaction. Repasser en boucle toujours la même musique mélancolique. Attendre. Se rappeler un visage, une parole et tenter d’en retrouver l’ombre d’une trace écrite. Se rendre à l’évidence. Se décider encore une fois à aller se coucher. Refaire un petit tour d’horizon avant. Et couper le son, un peu avant l’aube.
Se réveiller bien trop tôt, garder les yeux fermés pour ne pas voir, ne pas savoir. Ne pas bouger. Laisser couler les larmes à travers les paupières. Ignorer ce corps qui se refuse à être mort. Laisser s’installer le mal de tête. Doucement. Immanquablement. Chercher une motivation pour se lever et ne trouver que de l’inutilité. Se rappeler les choses à faire aujourd’hui et y renoncer. Se raccrocher aux futiles espoirs d’hier et ne constater que cette incapacité à les concrétiser. Capituler. Être fatiguée de se battre. Ou ne plus en avoir envie.
L'ami de mon ami ne sera jamais qu'un copain
Voilà, pour moi c’est fait, tous mes amis ont trouvé chaussure à leur pied. Jusqu’au dernier que je croyais s’être enfoncé plus que de raison dans les affres d’une peine de cœur : il ne lui a pas fallu longtemps finalement pour se sortir la tête de l’eau.
Je n’avais plus de nouvelles depuis un petit moment alors je lui ai proposé de prendre un verre, de discuter ; ça m’ennuyait vraiment de le savoir seul et triste… La bonne blague ! Je reconnais que ça m’a agacée d’apprendre qu’il était avec quelqu’un - non pas que je ne sois pas heureuse pour lui, bien au contraire - mais d’avoir eu la naïveté de penser qu’il avait besoin de moi.
Peut-on rester amis comme avant, alors que l’un des deux a rencontré l’amour ?
Parce qu’un ami, c’est quelqu’un qui pense à t’inviter quand il te sait seul à Noël. Sauf que se retrouver à faire le nombre impair avec quatre ou cinq couples, c’est un truc à vider le bar… j’ai testé.
C’est aussi celui que tu voudrais inviter pour partager une soirée sympa ou un bon délire… mais pas obligatoirement son autre.
Et si le hasard fait qu’il se trouve seul ce soir là et se fait un plaisir de t’accompagner, tu peux faire une croix sur la rencontre opportune, tu rentreras bien gentiment en sa compagnie… parce que lui ne cherche plus, il ne verra même pas ce que tu as trouvé.
Un ami, c’est aussi celui chez qui tu peux débarquer parce que ton frigo est lamentablement vide, ta maison est vide, ton cœur est vide, tes pensées sont vides. Mais qui se permettrait de jouer les intrus chez le conjoint de l’ami en question qui habite au même endroit ? Pas moi. Même si lui sait qu’il pourra toujours venir chez moi au moindre coup de blues.
Un ami, c’est également celui avec qui tu partages tes angoisses et tes bêtises, celui qui sait tout de suite si ça ne va pas, celui aussi qui, d’un seul coup d’œil complice, réussit à te faire rire. Jusqu’à ce qu’il se sente obligé de partager tout ça avec sa moitié. Du coup, c’est franchement moins drôle.
Bien sûr, un ami casé reste un ami. Mais plus tout à fait de la même manière. Et puis, égoïstement, je préfère que mes amis soient dans les mêmes galères que moi.
Décryptage
Il râle parce que, sur ce très célèbre site de rencontre – comme probablement sur les autres aussi –, les filles précisent dans leur fiche descriptive qu’elles recherchent une relation sérieuse mais, en discutant avec, il se rend compte que ça n’est pas du tout leur but. Il ne comprend pas. Et ça l’énerve de perdre son temps avec ce genre de personne. Mais a-t-il une idée du comportement masculin lorsqu’il est spécifié qu’on ne recherche que l’amusement ? Malgré l’évolution des mentalités, une idée est restée bien ancrée : le petit coup d’un soir est l’apanage des hommes, les femmes n’étant pas supposées pouvoir s’envoyer en l’air sans y mettre un minimum de sentiments. À partir de là, que penser de celle qui ne prétend qu’à un plan cul ? Tout le monde connaît la réponse. Et les hommes réagissent en conséquence : j’ai envie, t’es dispo donc je te prends. Direct dans le sujet, sans fioritures, pas de bonjour, tout juste un slt de principe et encore. Pour certains, la question de lui plaire ne se pose même pas et le rejet de leur candidature est tout simplement impensable. Alors oui, beaucoup de femmes continueront à afficher une apparence de fille sérieuse ne serait-ce que pour avoir un minimum de respect de la part de l’autre. Même si ce sont des carnassières avec très peu de « sens moral » selon les codes encore en vigueur actuellement.
Le Petit Prince
Il y a des moments où on voudrait être seule. De ces instants où on a envie de se laisser aller à ses débordements, sans témoins, où on voudrait pouvoir libérer tous ses excédents de souffrance sans subir le regard des autres. Des heures où l’on voudrait se coller dans un coin, recroquevillée, se diminuer de l’extérieur autant qu’on se sent diminuée de l’intérieur, pour disparaître presque tout à fait. Sauf que j’ai des amis qui dorment dans ma chambre. Et d’autres qui arrivent demain pour tout le week-end. Et la fête d’Halloween à assurer. Avec le sourire. Je ne l’attendais pas ce « il faut qu’on parle ». En tout cas pas maintenant. Pas ce soir. Pourtant je savais que ça allait arriver. Depuis cinq ou six jours. Je n’ai pas été surprise. Juste abattue. Je n’ai rien montré jusqu’au « j’aimerais qu’on reste amis ». Puis j’ai parlé d’autre chose. Le temps d’avaler. Reste à digérer maintenant. Et à expulser. En neuf mois, je n’avais rien trouvé à lui reprocher. Rien. Jamais. Il avait réussi à infiltrer ma vie, petit à petit, en douceur. Avec la patience d’un Petit Prince qui apprivoise un renard. Aujourd’hui, je me demande pourquoi est-ce qu’il a fait tout ça. Non, la question serait plutôt comment est-ce que j’ai pu finir par y croire. Parce que le pourquoi, je sais : le temps de reprendre confiance en lui, de se savoir désirable et désiré. Maintenant, il n’a plus besoin de moi. Il m’aimait, oui. Mais de cet amour pansement, celui qui comble un vide affectif à la suite d’une séparation, celui qui aide à se reconstruire. J’ai réparé son cœur, il peut l’offrir à une autre maintenant. Et moi, je vais retrouver ma boîte de mouchoirs…
RésignéeBen voilà, je me suis encore perdue.
C'est encore à cause de ce fichu gros carrefour à l'américaine avec des routes au-dessus et en dessous, ça part de tous les côtés. Je le sais pourtant bien qu'il faut que je fasse gaffe, je me suis déjà paumée plein de fois à cet endroit là et je sais que si je loupe la route, c'est fini, plus moyen de rattraper.
Mais j'étais tellement fatiguée, trop dur de laisser les yeux ouverts, j'y suis allée de mémoire. Je n'aurais pas dû. Quand je me suis aperçue de mon erreur, j'ai bien essayé de me récupérer en prenant la trois voies à contresens par la bande d'arrêt d'urgence mais ça n'était pas non plus la bonne solution en plus d'être un poil dangereux.
C'est comme ça que je me suis retrouvée sur la petite route de la Grande Corniche, qui passe à travers la forêt de pins. J'ai roulé un bon moment mais je me suis rendue à l'évidence, impossible de te rejoindre.
Alors je me suis assise par terre dans le hall d'entrée d'un immeuble, contre le radiateur. Je n'avais pas mon sac à dos, je crois que je l'ai laissé ce matin au troquet. Pas moyen de te prévenir. Et quand bien même, je ne sais absolument pas où je suis, je t'aurais dit quoi ?
Voilà, je me retrouve toute seule. Sur les carrelages froids d'un hall désert. Pas une âme qui vive, sauf celle de cette structure décharnée d'une poussette pour enfant qui avance et recule doucement au fond du couloir, vieux souvenir d'un mouvement si souvent répété...
Et toi qui ne saura jamais où je suis, qui ne pourra pas venir me chercher. C'est con que ça finisse comme ça. À ne pas savoir où me trouver, tu finiras par m'oublier. Normal. Je m'y suis déjà résignée.
Notes :
- Le canapé, lui, ne bouge jamais de place, et c'est rassurant au réveil.
- Je n'arrive pas à me rappeler si ce gros carrefour existe réellement où s'il revient juste régulièrement dans ma tête, mais je l'ai bien reconnu. - C'est quand même mieux les siestes avec lui... Addictions
Vous en connaissez sûrement de ces personnes qui font des régimes à longueur de temps et qui craquent tout aussi régulièrement. Souvent, c’est parce qu’elles se retrouvent seules un soir, flottant dans un ennui éthérisant. Alors elles ouvrent le frigo sans rien chercher vraiment. S’il n’y a rien de tentant, elles retourneront se blottir au fond du canapé sous une couverture chaude à regarder sans la voir une ânerie à la télé. Sinon…
Moi c’était le jour de la Saint-Valentin. Rien de prévu, mon régulier n’est pas disponible, pas grave. Je fais un tour sur les sites de rencontre où je suis inscrite, juste pour voir si j’ai des messages. Un petit malin de vingt ans et des poussières avec qui j’échange des bonjours - bonsoirs depuis deux semaines est en ligne. Il m’apprend qu’il est pompier. Pour de vrai. L’idée m’amuse : un pompier pour la Saint-Valentin, je ne vais pas laisser passer cette occasion ! En quelques lignes, je me fais inviter chez lui, repas inclus. Il y a des métiers comme ça qui font rêver, allez savoir pourquoi. Fille Première m’avait pourtant bien prévenue : dans son lycée, ils avaient organisé une visite dans une caserne, probablement pour susciter des vocations. Évidemment, toutes les filles de la classe en bavaient d’avance rien qu’à l’idée de côtoyer des hommes, des vrais, du beau, du sportif, du… Sauf que, pour les visites, ce sont les cinquantenaires bedonnants qui s’y collent. Inutile de dire qu’il n’y a eu aucun engagement, juste de la déception… Oui mais là ce n’est pas pareil, le pompier en question reste dans un âge fréquentable, ça devrait le faire ! En fait, non. Certes, pour un mec normal, il n’est pas trop mal. Mais pour un pompier… tant pis. En attendant que les nems se réchauffent doucement, il a la délicatesse de me faire part de ses sentiments sous la forme d'un « Bon, j’ai fait ma part du contrat, à toi de jouer ! » tout en détachant sa ceinture. Ce que c’est que le romantisme tout de même… Je n’ai pas fait romantique non plus, seulement efficace. Un peu trop même, c’est parti un peu trop vite à son goût comme au mien. Juste le temps nécessaire pour que les nems soient prêts finalement. Au cours du repas, il me fait comprendre qu’on en restera là : il doit se lever tôt demain et veut être en forme. Plaît-il ? Et moi alors ? Faut pas déconner non plus, le repas à lui seul ne mérite pas mon déplacement ! Le temps qu’il débarrasse la table, je m’installe sur le canapé en position. Puisqu’il ne voit dans notre rencontre qu’un truc exclusivement physique, je ne vais certainement pas la jouer langoureuse. Y a plus qu’à. Je crois que là, il s’est senti un peu obligé. Un peu brouillon au début, je lui donne le mode d’emploi et finalement s’en sort plutôt bien. La copulation terminée, je me rhabille et je me casse. Il n’est même pas 23 heures… j'aurais mieux fait de rester devant la télé.
Vous en connaissez certainement de ces personnes qui tentent une fois de plus d’arrêter de fumer mais qui craquent régulièrement. La force de l’habitude, la cigarette qui vient juste après le café – incontournable –, celle qu’on prend systématiquement quand on est en voiture, celle qu’on fume juste en sortant du boulot…
Cela fait quelque chose comme un an qu’on se connaît. Enfin, se connaître est un bien grand mot. Il passe en général le matin quand son planning le permet, reste une heure et repart. C’est loin d’être glorieux au lit mais il a le corps d’un David Boreanaz, une voix chaude et le charme des timides qui cherchent l’aventure, c’est ce qui me plaît en lui. Quand il m’a prévenu qu’il avait un peu de temps cette semaine là, je n’ai pas réfléchi, je lui ai donné mes disponibilités, comme d’habitude. Il est arrivé avec les croissants, je m’étais habillée comme il l’avait souhaité. Il n’a pas été ni meilleur ni pire que les autres fois mais ce matin là, j’ai été déçue. Je me rends compte que j’ai perdu cette tendresse particulière que j’ai toujours eue envers lui, il ne m’est resté que le sentiment d’une rencontre ratée. J'aurais dû refuser.
Vous en connaissez probablement de ces acheteurs compulsifs qui ne savent pas résister devant le dernier bidule à la mode. C’est l’envie de la nouveauté, le besoin d’accumuler, le charme de la possession, la certitude que l’objet en question leur est indispensable…
C’est encore une rencontre internet qui m’amène à prendre un café avec cet italien. Un premier rendez-vous, décevant comme la plupart du temps. Les sujets de conversation sont toujours les mêmes ou presque. Mais, bien souvent, le charme opère en cours de route : lorsque son regard se pose sur moi avec envie, lorsque sa main tente de frôler la mienne, lorsque sa voix devient différente. Il ne reste plus alors qu’à s’organiser au mieux – et au plus vite – pour concrétiser. Sauf que cette fois, ça ne marche pas. Ou pas suffisamment. Il ne m’est pas franchement indifférent mais je ne ressens pas le besoin d’aller plus loin. Faudrait que je lui dise qu'il ne se passera rien.
Chaque fois, je savais d’avance que j’allais regretter. Je savais que ça ne pouvait pas être aussi bien. Ce que lui me donne, je sais que je n’en retrouverai même pas un dixième dans ces rencontres éphémères, qu’elles ne seront que déception. Et pourtant, je continue à regarder ailleurs. Certes, de moins en moins souvent. Mais toujours un peu… Au cas où ?
...Il y a des au-revoirs qui ressemblent trop à des adieux.
Si tu prends ma place, prend mon handicap !
Il y a trois ans, ils ont peint un emplacement de stationnement réservé aux handicapés dans la rue en-dessous parallèle à la mienne. C’est très bien, les personnes à mobilité réduite sont déjà bien suffisamment ennuyées dans leur vie de tous les jours, si ça peut la leur faciliter…
L’année dernière, ils ont peint un emplacement de stationnement réservé aux handicapés dans la rue au-dessus. C’est bien. Même si le soir, c’est une gageure que de trouver un petit endroit dans le quartier pour y déposer sa voiture.
En début d’année, ils ont peint un emplacement de stationnement réservé aux handicapés au bout de ma rue. Normal. Même si c’est agaçant de tourner et tourner encore après une grosse journée de boulot pour finir sur à cheval sur un trottoir avec un petit sentiment de culpabilité à gêner riverains et passants.
Cette semaine, ils ont peint un emplacement de stationnement réservé aux handicapés au milieu de la rue d'à côté. Mouais, ça commence à bien faire ! Il y a tant de handicapés que ça dans mon quartier ?
Mais j’y pense, quand un handicapé déménage, est-ce qu’ils effacent la réservation de stationnement ? Où est-ce que ces places vont s’accumuler au fil du temps ?
À consommer avec plus que modération
Depuis notre première rencontre professionnelle en mars, je ne l'avais pas revu. Et comme j’évite de mélanger vie privée et boulot, il ne s'était rien passé. Mais, en discutant, on s’était trouvé un point commun : nous étions tous deux clients réguliers d’une dégustation de bière qui a lieu tous les trois mois. Sauf que la dernière fois en juin, je m’y étais retrouvée toute seule avec mon godet de bière à la main, il n’avait pas pu s’y rendre. Ce n’était pas un lapin puisque ce n’était pas un rendez-vous mais j’avais bien espéré l’y retrouver et, dans ma tête, j’avais déjà échafaudé quelques plans pour passer de la relation professionnelle à la relation amicale et plus si affinité. Raté.
Patience et longueur de temps, n’est-ce pas, j’attends donc le rendez-vous de la bière d’automne. J’assure mes arrières en invitant quelques copains à m’y rejoindre (la bière est bien trop amère quand on la boit seule) et je me fais confirmer qu’il y sera. Et il est venu !
Tout irait-il bien dans le meilleur des mondes ? Oh non, ce serait trop beau ! Le matin même, j’ai commencé à souffrir de la gorge. Sur le coup de midi, le mal de tête s’est installé, ma température s’est élevée (et pas pour la bonne cause) et j’ai commencé à tousser façon phoque en rut sur la banquise. Pourquoi fallait-il que je tombe malade justement ce jour là ? C’est blindée d’aspirine et de vitamines que je l’ai retrouvé le soir un verre à la main. Je ne pouvais décemment pas lui claquer la bise sur les deux joues et encore moins lui rouler une pelle avec tous mes microbes. J’ai juste essayé de suivre la conversation au mieux de mes capacités limitées par mes neurones englués. Et on en est resté là.
À la bière de Noël peut-être… Elle n’avance vraiment pas vite cette histoire !
J'aime les bad boysEn y réfléchissant bien, je confirme que les hommes qui ne boivent pas et ne fument pas… ne font rien au lit non plus, ou pas grand chose. Et ceux qui ne s’adonnent qu’à un de ces deux vices n’ont que des demi-performances. N’allons pas en conclure pour autant que les fumeurs et buveurs sont automatiquement les rois de la bagatelle. Encore moins que ce sont le tabac et l’alcool qui font l’homme. C’est peut-être juste une façon d’aimer et de conduire sa vie qui est différente.
Je t'aime moi non plusElle est amoureuse. Il est amoureux. L’amour, l’aventure. C’est vieux comme le monde, c’est magique. Elle pense à lui quand il n’est pas là, et ça lui met le feu aux entrailles. Quand il revient, le paysage se remet en couleurs. Elle le veut avec elle, en elle, elle le désire. Elle l’aime. Il pense à elle. Elle l’obsède. Elle lui manque. Il évoque son image. Érection immédiate, gênante. Quand il la retrouve, érection immédiate, géniale. Ils font l’amour. Refont l’amour. C’est lui et personne d’autre. C’est elle, pour toujours. Ils sont heureux. Ils sourient. S’enlacent. Se regardent. Ne s’en lassent pas. Ne peuvent regarder ailleurs. Ils rient aux éclats, sans raison. L’amour, quoi. Un jour, un soir, pour rien, ou pour quelque chose, peu importe, il la frappe. Ça arrive, ça arrive plus souvent qu’on n’ose le penser. Son poing s’abat sur elle. C’est la même main qui la caresse, la même main. C’est la main de l’homme qu’elle aime. Horrifiée, furieuse, elle tente de rendre les coups. Cesse-t-elle de l’aimer aussi sec ? On ne se pose pas ce genre de question dans ce genre de circonstances. Elle se dit que si sa tête heurte le mur, ça la tuera. Il ne faut pas. Elle ne veut pas mourir. Lui, il frappe. Il ne sait pas au juste pourquoi. Il ne sait plus. Il sait seulement que ça le soulage d’une tension. Il ne voit pas plus loin. Il frappe. Il y a quelque chose d’intolérable, qu’il ne supporte pas, il doit frapper encore. Après ça ira mieux. Les coups font un bruit sec. Il ne sent pas la douleur sur son poing fermé. Il frappe et au fur et à mesure qu’il frappe, la tension se calme. Puis disparaît. Il n’en peut plus. Il est fatigué. Comment arrive-t-il à se mettre dans des états pareils ? Il se dit qu’il l’aime tellement qu’il la hait. Il se dit qu’il l’aime encore plus. Il la prend dans ses bras. Elle est toute molle. Il la pose sur le canapé. Demain ça ira mieux. Demain, ça sera comme hier. Il faut que plus jamais elle ne lui fasse ce coup-là. Il a mal partout. Il a besoin de boire un verre. Ø Option numéro un : elle est morte. Elle est une actrice très connue, aimée, respectée. Il ira en procès, sûrement. En prison, peut être. La France entière pleure ce « drame unique de l’amour-passion », comme disent les gazettes. Effroyable gâchis. Ø Option numéro deux : elle survit. Elle est une actrice très aimée, respectée. Le tournage est interrompu pendant quarante-huit heures, pour « indisposition passagère ». Couverte par l’assurance. Elle porte des lunettes noires et un foulard. Elle joue les stars, pense-t-on sur son passage. Personne ne saura qu’elle fait partie des femmes battues. Secret bien gardé. Avec un bon maquillage, elle peut reprendre le tournage. Ø Option numéro trois. Elle est morte. Elle est inconnue. Elle fait partie des six malchanceuses qui meurent chaque mois en France des suites d’une raclée par leur compagnon. Trop banal pour un simple entrefilet dans le journal. Ø Option numéro quatre. Elle survit. Elle est une française anonyme. Elle fait partie des deux millions de femmes battues que compte notre pays. Elle en a honte. Si elle en parle, on lui dit : mais pourquoi restes-tu avec lui ? Sous-entendu, si ça recommence, tu l’auras bien cherché. Alors elle n’en parle pas. Elle est tombée, elle s’est cognée. Il y a toujours une histoire que les gens acceptent de faire semblant de gober. Ø Option numéro cinq : elle en a marre de se taire. Il la menace. Elle va aux flics. Elle ne veut pas que ça recommence. Elle a peur. Il va finir par la tuer. Elle ne l’aime plus. Elle le craint. Elle le hait. Les policiers l’écoutent. Ils ne peuvent rien faire tant qu’il n’a rien fait. Revenez quand il se sera passé quelque chose. S’il ne la tue pas, elle pourra courir avec ses enfants dans un refuge pour femmes battues, pendant qu’il reste chez lui. Elle risque d’être accusée d’abandon de domicile conjugal et d’y laisser la garde de ses enfants. (…) Un petit garçon, une petite fille, ça reçoit une éducation. Un petit garçon n’apprend pas les mêmes choses qu’une petite fille. La conscience que nous avons de notre virilité ou de notre féminité est une patiente construction qui prend des années. Les enfants doivent correspondre à ce que notre culture attend d’eux. L’éducation façonne quotidiennement les adultes de demain. Un petit garçon apprend très tôt que pour être un vrai garçon, il faut être fort et musclé, il faut savoir se battre et sortir vainqueur de la bataille. Il apprend à s’imposer par sa force et il apprend aussi par l’histoire et les histoires, que le plus fort gagne et que celui qui gagne a raison. Si le petit garçon est spontanément violent, on ne le décourage pas. On canalise sa violence et on est au moins rassuré sur sa virilité. Si le petit garçon est doux et tranquille, on le poussera à faire du judo, ou du foot, à développer une "saine" agressivité. Faudrait pas qu’on fabrique un pédé, telle est la devise plus ou moins consciente du parent éducateur, mère ou père. Une petite fille apprend très tôt à ne pas compter sur sa force, à jouer la séduction et la douceur, synonyme de féminité. Elle apprendra, même à une époque de sa vie où sa musculature et ses capacités physiques n’ont rien à envier à celles d’un garçon, que ce ne sont pas là manières de fille, et qu’il faut laisser ces jeux physiques aux garçons. Si elle est spontanément violente, on la découragera, fermement. En cas de confrontation directe avec un garçon, elle choisira la fuite ou la défaite. Une habitude à prendre pour plus tard. On n’apprend pas aux petits garçons à contrôler leur agressivité. On ne leur apprend pas à censurer le recours à la violence pour résoudre les problèmes. Au contraire. Tout les y encourage. Les films, les clips, les feuilletons, les jeux vidéo et le spectacle de la vie politique. Qu’est-ce que la guerre en Irak sinon une torgnole géante à plus petit que soi, un concours de bites géopolitique ? Les filles apprennent à se considérer battues d’avance. En cas de conflit physique, plus tard, ça ne les aidera pas. Mais le problème n’est évidemment pas seulement là. Elles apprennent à éviter le conflit, ça devient comme une seconde nature. Elles apprennent à observer les attitudes et les comportements masculins assez finement pour toujours être en mesure de désamorcer le conflit qui couve, le dérapage dangereux. Elles apprennent à flatter, écouter, sourire, faire semblant. Elles dominent la technique avec une telle maestria que cela leur semble spontané, cela s’appelle l’éternel féminin et ce n’est rien d’autre que de l’auto défense, que l’apprentissage de la conduite de soumission comme moyen de survie. (Isabelle Alonso, avril 2004)
Daniel Welzer-Lang cite le cas d’un homme violent qui se plaignait du stress et de la frustration qu’il subissait au travail et de la colère qu’il en éprouvait. DWL : « Et vous frappez aussi, au travail, quand vous vous mettez en colère ? » Victor D. « Ben non, là-bas, ça serait le conseil de discipline direct ; ça rigole pas. » (Sporenda, décembre 2001)
Le jour où un homme dont on sait qu’il a battu une femme verra sa vie sociale compromise, nous aurons atteint un autre niveau de conscience. (I. A.)
Code 7700« Je l'aime et (…) j'aimerais qu'elle me dise toutes ses peurs toutes ses craintes et qu'ensemble on construise par de subtiles évidences les moyens de ne plus jamais y penser »
Sauf que dire ses peurs, c'est les mettre là, sur la table, au grand jour. Il y a des peurs que l'on sait ridicules, des peurs qui n'ont aucun fondement ou si peu, des peurs juste instinctives qui n'ont a priori pas de raison d'être. Dire ses peurs, c'est risquer de mettre en évidence toute leur insignifiance, leur inutilité, leur non-sens, c'est risquer de les voir se faire balayer d'un éclat de rire ou d'un grand geste de la main. Les mots, aussi vrais, aussi sensés soient-ils, ne pourront jamais faire disparaître d'un coup de baguette magique ce qui a mis vingt, trente, quarante ans à s'installer au plus profond de l'être. Les peurs se défont comme elles se sont construites, petit à petit, expérience après expérience, seul le temps peut en venir à bout, pas les mots et encore moins le regard des autres.
Combien, par amour, pour aider, pour soulager, voudraient plonger les deux mains dans notre âme pour y extirper ce qui dérange, ce qui empêche d’être heureux simplement ? Combien nous demandent la clé de toutes nos angoisses avec l’intention de les ramasser à bras le corps pour les transformer en choses insignifiantes, définitivement incapables de nuire ? Combien s’imaginent comme il serait simple de ficeler et bâillonner nos anxiétés si au moins on se donnait la peine de les leur présenter ? Mais toutes ces bonnes intentions ne sont ressenties que comme des intrusions. Les peurs ne s’effacent que devant la confiance qu’on développe soi-même, étape par étape, vis-à-vis de l’extérieur. C’est un combat personnel, les autres ne peuvent que favoriser des situations. Et quelquefois, malgré toute l’énergie développée dans cette bataille, il faut beaucoup de temps.
Réflexion
S’entendre répondre « non » à une demande est acceptable. L’interrogation a cet avantage de laisser supposer au moins deux possibilités de réponses et, même si ça n’est pas la réponse souhaitée, elle était attendue. Mais un « oui » qui se transforme un peu plus tard et sans raison en « non » est désespérant. Il est des inattendus qui mettent en lumière toute la fragilité de sa nature humaine.
ParadoxeIls ont dit des tas de fois que c’était la plus belle place du monde, ils n’ont pas tari d’éloges avec des magnifique, merveilleuse, splendide, etc., qu’elle était inscrite au patrimoine historique mondial, mais ça ne les a pas empêché de toute la cochonner ma place Stanislas !
Je vous laisse juge…
Tout ça pour les besoins d’une émission télé ! La communication touristique se doit-elle de tout saccager pour la bonne cause ? C’est bien le paradoxe : vendre les charmes de Nancy et de la Lorraine en amputant ce qui en fait sa renommée…
Note pour info : c’était Tenue de Soirée animé par Michel Drucker samedi soir sur France 2.
Note pour ceux qui n’étaient pas au courant et se sentiraient frustrés de n’avoir pas pu y assister : le public était composé de tous les maires du district, du directeur de l’Opéra, celui du journal local, celui du Ballet de Nancy, de personnalités (ou famille) du monde du spectacle et du sport… très élitiste tout ça, pas un seul lambda dans la serre.
Note pour moi-même : mais pourquoi je dis « ma » place Stanislas ? D’accord, j’ai (un peu) participé à sa rénovation dans mon obole aux impôts locaux mais pourquoi prendre possession du lieu où je vis ? Pourquoi a-t-on tendance à toujours s’attribuer quelque chose qui ne vous appartient pas, pour lequel on a rien fait ni pris aucune décision, que ce soit un quartier, une ville ou une région ? Pourquoi se sent-on fier d’un lieu juste parce qu’on y est né ?
Dimanche ensoleillé, une superbe journée pour se promener sauf que...
Non Zag, il n'ont pas encore passé la balayette, c'est toujours là...
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