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    Brise-bise

     

    Il paraît qu’il y a des coins en France où, pour dire bonjour, on se colle trois bisous sur les joues : « Chez moi, c’est trois ! ». Genre « Je fais plus que toi d’abord ! ». Et pourquoi pas 12 tant qu’on y est ? Et on se roule un palot pour finir en beauté, non ?

     

    Pour moi, deux joues font deux bises. Simple et logique, pour ne pas dire adapté. Pour d’autres, il y a en permanence une super promo avec 50 % de produit en plus. En vente forcée en plus : dès que l’info est tombée (« Moi c’est trois »), faut se faire la troisième. Obligé.

     

    Si jusqu’à maintenant, je me pliais gentiment à la demande, j’ai décidé qu’à partir de dorénavant c’était fini. Chez moi c’est deux et ça restera deux. L’autre pourra tendre sa troisième joue autant qu’il le voudra, je n’y toucherai pas. Voilà, z’êtes prévenus.

     

     

     

    J’en profite au passage pour m’insurger également contre cette manie qu’ont les restaurateurs indiens de serrer la main aux clients, à l’arrivée comme au départ. Je n’aime pas serrer la main, c’est comme ça. Je garde mes bactéries pour moi. Et que ceux qui m’accompagnent arrêtent de me regarder autant de travers que le tenancier du restau que j’ai ignoré. Chez moi, les restaurateurs ne serrent pas la main aux clients. Et pis c’est tout.

     

    Un peu de laideur dans ce monde rose

    Les blogs roses, maculés d’anges, d’étoiles, chatons fluos et autres horreurs sirupeuses en forme de poésie dégoulinantes de bons sentiments ont bien fleuri ces derniers temps. En même temps, vu la pluie qui est tombée cet été, ça n’a rien d’étonnant. Est-ce que c’est pour compenser la grisaille ambiante ? Dans ce cas, septembre annoncé comme beau dans l’ensemble devrait faire venir des choses plus consistantes. Cela dit, je suis bien consciente que ce concept météorologique n’a aucun intérêt non plus. Mais c’est juste pour faire un paragraphe avant le billet qui ne commence réellement qu’après ce point.

     

    Lorsque je lui avais demandé de retirer tous ses vêtements, là maintenant, il s’était littéralement décomposé. Il ne savait plus quoi faire ni où poser ses mains devenues encore plus moites, dégoûtantes. De sa bouche restée entrouverte ne sortait aucun mot. Juste un souffle accéléré à peine audible. Il me regardait comme un imbécile qui essaie de comprendre ce qu’on lui veut tout en refusant la seule interprétation possible. Pourtant le message était on ne peut plus clair. Je n’ai pas répété. Juste fixé ses yeux en attendant qu’il s’exécute.

    Il n’avait pourtant aucune chance que je le rencontre celui-là. Le visage mou et triste, les lèvres et les paupières tombantes, pas une expression de vie dans les yeux, un polo boutonné qui avait dû être marron il y a quelques années. Il ne lui manquait que la Gitane maïs au coin de la bouche pour parfaire le tableau. Il n’avait pris aucun soin à l’image qui le représentait à côté de sa fiche descriptive : des couleurs fades dans les bleu gris et, en fond, juste quelques étagères noires encombrées d’objets empilés probablement dans leur ordre d’arrivée, adossées à un mur peut-être jaune à l’origine mais qui, là, tirait sur le verdâtre. Sa conversation non plus n’était pas très passionnante. Juste les banalités d’usage qui tournaient court au bout de quelques lignes. Mais finalement j’étais chez lui. Goût de l’écoeurement ou défi ? Certainement les deux.

    Il était planté là, entre la télé et la table basse, les bras ballants, il attendait. Il avait commencé par la chemise, puis les chaussures et le pantalon accompagné du caleçon, pour finir par les chaussettes. C’est toujours ridicule un homme juste en chaussettes, il ne m’a pas épargné cette image. Ses vêtements faisaient un tas informe à ses pieds. Assorti au décor, comme à l’homme d’ailleurs. Machinalement, je tournais la paille dans mon verre, je l’observais. Combien de temps allait-il rester là sans bouger, sans rien dire ? De toute évidence, il n’avait aucune intention de se révolter, il avait choisi de subir. À moi de jouer, lui avait déjà fixé les règles du jeu.

    Des yeux, j’ai cherché dans la pièce ce qui pouvait m’inspirer. Une bouteille sur la table basse ou mon briquet juste à côté, un tournevis qui traînait sur un meuble, un grand câble derrière l’ordinateur…  Mon regard s’est arrêté sur le petit tas de linge. La ceinture du pantalon, voilà ce qu’il lui fallait.

    Tout dans son attitude, qu’il soit nu ou habillé, démontrait qu’il n’aimait pas son corps. Je ne l’aurais pas aimé non plus. En plus de trente ans de cohabitation, au moins aurait-il pu prendre le temps de s’y habituer, tenter je ne sais quoi pour l’améliorer ou à la rigueur essayer de faire illusion en se redressant fièrement. Mais il était évident qu’il l’avait abandonné depuis longtemps, résigné certainement à vivre avec ce support de chair disgracieux qui lui permettait, bien planqué dans un costume taillé sur mesure, de se faire malgré tout une place honorable dans la société sans ressentir cette honte qui l’envahissait maintenant de me présenter un pareil spectacle. Mes lèvres se sont arrondies autour de la paille que j’ai sucée un instant avant d’aspirer une gorgée du cocktail glacé. Puisqu’il n’aimait pas son physique, j’allais le libérer de cette souffrance intérieure. Juste un peu. Punir ce corps d’être aussi laid et aussi inconfortable à vivre.

    Je me suis approchée de lui, très près. L’intensité de son malaise était palpable. Il aurait voulu s’enfuir, il se contentait de déglutir un peu trop souvent. Lorsqu’il a tourné la tête vers moi, ses yeux se sont animés. Un mélange de peur et de curiosité, d’excitation aussi. Ses mains ont esquissé un réflexe de protection vite repris lorsque j’ai regardé ostensiblement son bas-ventre. Je me suis accroupie lentement pour récupérer la ceinture, un de mes seins le frôlant tout du long. La réaction escomptée m’a fait sourire. Ça n’allait pas durer. Quand je me suis redressée, la ceinture à la main, il a compris. « Tourne-toi, les mains sur le meuble et tend ton cul ! ». Tout pendait au-dessous de lui : ses bras, son ventre, son sexe. Il était encore plus misérable dans cette position à demi pliée, il le savait. De la pointe de mes chaussures, j’ai cogné l’intérieur de ses talons pour qu’il écarte un peu les jambes. Il fallait qu’il soit bien stable. Placée juste derrière lui, je l’observais. À ce moment là, il aurait pu tout faire cesser, le jeu comme sa peur. Mais il n’a pas bougé.

    Et puis, est venu le moment. Cet instant juste avant que l’angoisse de la douleur à venir ne vienne finalement prendre le pas sur l’excitation de la situation. C’était maintenant.

    J’avais décidé qu’il n’y aurait qu’un coup, un seul. Je ne devais pas le rater. Une extrémité de la ceinture enroulée autour de ma main, j’ai tendu le bras sur le côté. Horizontalement, en remontant légèrement, du plus fort que je pouvais, mon corps tout entier a emmené le cuir claquer sur sa peau nue. Immédiatement, son dos s’est voûté, sa tête s’est baissée. Il n’a pas crié, juste émis un bruit rauque. La longue trace commençait à apparaître sur sa peau blanche. D’abord un rouge diffus, puis des dizaines de perles de sang disséminées. Il ne bougeait toujours pas. Il attendait la suite.

    Alors, j’ai attrapé son bras pour le redresser. En regardant ses yeux humides, je lui ai murmuré : « Quand tes larmes auront séché et que tu te branleras en pensant à moi, juste au moment d’atteindre l’orgasme, appuie sur cette marque, la douleur transcende le plaisir. » Et je suis partie.

    Quelques temps plus tard, il m’a juste envoyé un texto : « Merci ».

     

    Partenaire particulière

    Dans le cadre des multiples recherches intenses et incessantes de l’Autre, le compagnon, le conjoint, son alter ego, celui ou celle qui partagera sa vie jusqu’à la fin des temps (au-delà inclus), il y a quand même du gratiné.

     

    Celui là se trouvait certainement trop à l’étroit dans les quelques lignes descriptives imposées par les sites de rencontres. Alors il s’est fait son propre site internet, en dix pages, pas moins. J’ai pensé à un moment qu’il s’agissait d’un pari entre copains mais je crains que non…

    L’idée en elle-même n’est pas mauvaise, au moins celle qui souhaitera le rencontrer ne pourra pas dire qu’elle ne savait pas. Et puis, c’est tout de même très pratique : au lieu de se tartiner un petit texte perso accrocheur pour sensibiliser la madame, il envoie l’adresse de son site. Rapide, pas cher et tout est dit, même plus qu’on n’en voudrait.

     

    La première partie du site concerne l’objet de la convoitise, Elle.

    Côté physique, il la préfère brune et élancée, voire sportive. Boudin s’abstenir. Côté comportemental, il ne veut pas d’une nénette désagréable ou intolérante, elle devra tenir compte de ses désirs et souhaits (bon, là je résume, il y en a une tartine à ce sujet).

    Elle devra également avoir une bonne situation financière, pas question pour lui d’entretenir une femme. D’ailleurs, il est au chômage.

    Jusque là, rien de très original, c’est à peu de choses près l’équivalent du prince charmant mythique florissant sur bon nombre de blogs d’adolescentes.  

    Mais attention, il faut lire la page suivante, le point important qui lui tient à cœur : il veut aider des femmes (et uniquement des femmes) à accepter la foi selon la bible (de toute évidence c’est son livre de chevet) pour qu’elle puisse atteindre l’immortalité, rien de moins ! Si c’est pas vendeur ça…

    Pour les incrédules, il y a tout un passage qui démontre que la non existence de Dieu n’a pas été prouvée, avec extraits de l’encyclopédie Universalis à l’appui et, pour clôturer le tout, une définition commentée du christianisme. C’est toujours bon pour la culture.

    Bon, admettons. Ça n’est pas mon truc mais, si certains se complaisent dans la religion, pourquoi pas. Chacun est libre de croire et de vouloir faire croire.

    Dire que j’ai failli arrêter là ma lecture, dire que j’ai failli classer ce chercheur autobiographe dans la catégorie des respectables êtres civilisés soi-disant bien pensants… Il aurait vraiment été dommage de louper la page suivante, titrée « Autre point particulier » !

    Car, je vous le donne en mille, ce berger d’internet, ce guide spirituel qui ne demande qu’à vous offrir le chemin de la rédemption (à condition cependant d’avoir une paire de seins et de longs cheveux bruns), cet homme donc, ne cherche pas une femme mais plusieurs ! Il l’avoue lui-même, se retrouver avec une seule et même personne pour partager sa vie, ben ça il a déjà essayé mais il ne peut pas, ça le bloque ! Autrement dit, il serait assez bienvenu que l’éventuelle élue fasse fi de ses tendances naturelles à l’égoïsme (c’est bien un truc de femme ça !) et accepte avec bonheur l’existence d’autres femmes dans la vie du dévot. À la rigueur, les bienheureuses peuvent s’arranger pour faire vie commune, vu le prix des loyers, il comprendra.

    Ça me rappelle vaguement quelques histoires de communautés dans les années 70 : Dieu est amour, tout se partage rien n’est à moi, mon corps comme le reste, autrement dit une joyeuse partouze sous couvert de prétextes bibliques et troupeaux de chèvres en fond sonore (et, accessoirement, en utilitaire pour les plus moches) du côté du Larzac.

    À la limite, un croyant partouzeur, ça peut être amusant. Sauf que ça ne marche que dans un sens. Il est bien conscient de l’injustice flagrante de sa requête mais c’est comme ça et pas autrement, pas le droit pour ses compagnes d’aller se faire tirer ailleurs. Mais il est magnanime et sait comprendre les besoins des femmes : alors il concède, à la limite, une infidélité avec une autre femme. On a presque envie de lui dire merci !

    Et si, le même soir, deux femmes exigent sa présence ? Certes, cela lui sera difficile, il lui faudra faire un choix. Sauf arrangement si entente 

     

    La deuxième partie est consacré à Lui (non non, il n’en avait pas parlé avant !!)

    Ses centres d’intérêts, c’est vite lu, les titres sont là, rien n’est rempli.

    Pour ses photos pas mieux, il faut demander.

    L’amour ? Il n’y croit pas (en six paragraphes tout de même).

    Côté plaisir, sachez qu’il ne couche pas le premier soir. Le second non plus sauf si la madame a fait un premier pas dans le sens de ses valeurs spirituelles (comprenne qui pourra !).

    Je garde pour la fin ses souhaits personnels : il a pour ambition d’écrire un livre sur les causes des divergences religieuses. Ça occupe. Il rêve aussi de disposer d’un laboratoire de recherche pour des inventions rentables. Pourquoi pas. Et, en attendant que tout cela se réalise, il a l’intention de monter une entreprise de vente et réparation de matériel informatique à domicile, avec cours sur les points essentiels pour une bonne maîtrise de l’ordinateur (mais reste conscient qu’il lui faut au moins un an de formation pour parfaire ses connaissances).

     

    Et là je m’esclaffe ! Encore un qui, après avoir réussi à se sortir sans trop de dommages d’un énième plantage Windows et branché tout seul comme un grand sa Webcam s’estime à la hauteur pour venir en aide, contre espèces sonnantes et trébuchantes, aux pauvres demeurés que nous sommes devant un PC.

    Combien de chômeurs initialement peintres en bâtiment, joueurs de flûte ou éleveurs de cafards se lancent fièrement dans l’informatique parce qu’ils ne savent pas quoi faire d’autre ? Tiens, je vais m’y mettre aussi. Ça m’occupera sainement. De toute manière, j’en trouverai certainement plein qui en sauront moins que moi et que je pourrai abreuver d’un tas de termes techniques incompréhensibles qui feront tout à fait illusion.

     

    Mais revenons à notre mouton sauveur. Son site c’est www.e2iks.com (c’est bien précisé dans sa page d’accueil, si je ne suis pas intéressée, je dois faire passer !). Et je vais de ce pas lui écrire à ce charmant personnage… Si c’est une blague, je serai fixée. Sinon, si je peux avoir la photo de l’énergumène, je vous l’apporte sur un plateau. Promis !

     

     

    Rajout :

     

       Voilà voilà, ça y est, j'ai la photo !

       Bon,  je dois bien avouer un truc... qui m'est revenu en voyant sa tête : je le connais ce Manuel !

    37 ans, alsacien d'origine si mes souvenirs sont bons. Dommage que je n'ai pas gardé de traces de nos conversations d'il y a deux ans... Bon sang, le monde serait donc si petit ? En aurais-je déjà fait le tour ?

     

    Rajout 2 :

    Il précise que ça ne fait que quelques jours qu'il a mis en place ce site, n'en a envoyé l'adresse qu'à très peu de femmes et il semble que je sois la seule à lui avoir écrit... Ma curiosité me perdra !

     D'autres question tant que je l'ai sous le coude ?

     

    Bloody Mary

    Il paraît que je suis un monstre.

     

    J’ai trouvé ça en réponse à un com sur un billet de la Rascasse qui, accessoirement, posait la question :

    « Ça vient d'où l'expression "Bloody Mary" ? »

     

    Bon, comme je suis toujours à la bourre pour lire les blogs, il y avait déjà quelques réponses :

     

    - Est-ce que ça a un rapport avec Marie Stuart ? (Zagaya)

     

    - Je crois que quand sa femme Marie venait le chercher au bistrot, il n’était pas content (Hemingway). Comme il picolait de la vodka tomate, le nom est resté au cocktail. Enfin c'est ce qui se dit... (Raskasnikof)

     

    - Marie Tudor Ier dite Marie la sanglante pour sa persécution sanguinaire des protestants...

    J’ai trouvé un autre truc aussi : selon la légende, celui ou celle qui prononce treize fois bloody mary devant un miroir dans un endroit obscur fera apparaître un esprit vengeur (en théorie une femme devrait apparaître dans le miroir). Le lieu favorable pour cette invocation serait la salle de bains, il est également conseillé d'utiliser une ou deux chandelles face au miroir. (…) On peut dire aussi trois fois beetle juice et on obtient un beetle juice ! (Soon)

     

    - C'est bon le Bloody Mary. Et Marie la sanglante, ça pose une femme quand même. Moi j'aime pas le sang, je tourne de l'oeil. (CaféPanique)

     

    - Le Bloody Mary, c'est juste un truc pour se torcher une fois par mois quand Mary elle peut pas.

    Une bonne dose d'alcool pour pas être trop regardant sur le côté gore de la dame, et l'ensemble tomate à vitamine C + Tabasco + sel de céleri (bon aphrodisiaque) pour que ça traîne pas trop et que tu t'en foutes pas partout. (Coloquinte)

     

    Réponse du poseur de question :

    « Colo : t'es un monstre! mdr!!! » (Raskasnikof)

     

    Franchement, vous trouvez que je suis un monstre ?

     

     

     

    P. S. :

    La phrase sibylline du billet d’en dessous n’est issue d’aucun contexte personnel. C’est juste une vingtaine de mots balancés comme ça, tout un chacun pouvant y voir ce qu’il veut bien voir et lâcher son grain de sel. Ça marche tout seul.

    Et après la « réflexion profonde » balancée à l’opinion bloguienne telle une remise de 70 % dernière démarque aux consommateurs affamés, aujourd’hui le copié collé de commentaires.

    Un monstre moi ? Je ne sais pas, mais un peu flemmarde ces derniers temps…

     

    Constat

     

    C’est incroyable tout ce que l’être humain est capable de supporter… du moment que ça arrive aux autres.

    Il sera bien temps

    « Papa, maman, j’aime la viande. »

    Je sais, dit comme ça, c’est cru. Ça tombe bien, je l’aime crue. Le réchauffé, je préfère éviter. Les petits plats en sauce et les bonnes vieilles recettes cuisinées avec amour, je ne digère pas.

    Parce que j’aime ces hommes fiers de leur corps travaillé, ceux qui comprennent que je peux les admirer sans réserve. J’aime qu’ils ne voient en moi que le regard que je leur porte et qui s’aiment encore plus à travers mes yeux, ceux pour qui je ne suis qu’un miroir de plus.

    Il sera bien temps, quand mes dents se seront fait la malle, de manger des purées.

     

    Mais j’aime aussi ces hommes-enfants qui ont besoin de ma main pour les guider, ceux qui savent qu’en échange de leur enthousiasme juvénile, ils trouveront matière à construire leur assurance. J’aime à n’être qu’un tremplin dans leur vie.

    Il sera bien temps, quand je sucrerai les fraises, de passer le relais.

     

    Et j’aime ces hommes intelligents et cyniques qui se complaisent dans l’humiliation de l’autre, qui ne se sentent forts qu’en écrasant. J’aime à être leur challenger, me mettre en danger, risquer la destruction pour en sortir plus forte encore.

    Il sera bien temps, quand je serai Alzheimer, de déclarer forfait.

     

    Je ne veux pas qu’on m’aime, je veux juste qu’on m’aime bien.

    Je veux qu’on profite de moi comme je profite de ces hommes. Chacun pour soi et tout le monde y trouvera son compte. Je ne demande rien, je me sers. Simples échanges ponctuels de bons procédés. Que du court terme, pas de durée. Et qu’on ne me donne pas plus qu’il ne faut, je ne sais pas rendre la monnaie.

     

    Relâche

    Je regarde ce long corps nu se déplacer sans bruit. Il est mince, presque maigre. Il n’est pas de ces jeunes hommes comme je les aime, ceux qui ont grandi trop vite sans prendre encore le temps de s’épaissir. C'est là juste un corps qui n’a pas toujours mangé à sa faim. La différence ne se voit pas vraiment mais je le sais, je le sens. Mon regard détaille son dos, apprécie le mouvement des muscles, s’arrête un peu plus bas. Tiens, je n’avais pas remarqué les petites cicatrices dispersées là. Brûlures de cigarettes. Certaines sont récentes. Mais l’heure n’est pas aux questions, encore moins à la pitié. Je me lève à mon tour du lit, je dois partir.

     

    À la terrasse ensoleillée d’un café, je bavarde avec une jeune femme assise à mes côtés. Encore une conversation superficielle, de celles qui n’aboutiront à rien de constructif, tout à fait inutiles, une conversation qui m’ennuie. Le sujet du jour porte sur cette époque où trouver un travail était facile, où un brouillon de CV manuscrit faisait bien l’affaire pour emporter le poste.

     

    Je stationne ma voiture sur une des terrasses du centre commercial. La masse de béton qui surplombe le parking le recouvre d’une ombre froide, presque humide. Les escaliers étroits, la grisaille des murs nus trop proches m’oppresse un peu. Je tiens à la main un sac en papier brun qui contient mon déjeuner encore chaud. J’ai décidé de le manger en faisant semblant de faire du lèche-vitrine. Je parcours le large couloir faiblement éclairé qui mène au supermarché, regardant distraitement l’immense magasin de voitures qui semble abandonné de toute vie. Je croise quelques quidams sans expression qui s’en retournent chez eux.

    Au détour du couloir, la vie m’agresse soudainement de toutes ses lumières, de ses bruits de caisses enregistreuses incessants, d’enfants brailleurs et de chariots remplis à ras bord. Mon sac à dos se fait lourd. Abandonnée contre un mur, une petite table qui doit servir de décor à bas prix avec son pot de fleurs artificielles planté au beau milieu. J’y dépose mon déjeuner le temps de me débarrasser de mon sac à dos sur le dossier de la chaise et je vais me mêler à toute cette agitation humaine. Lorsque je reviens reprendre mon sac, il y en a un autre coincé en dessous. Un mini sac à main de cuir tout neuf, l’étiquette est encore dessus. Qu’à cela ne tienne, j’enfile le tout sur mes épaules, je pourrai toujours dire que je l’ai pris par inadvertance.

    Je me dirige maintenant vers ma voiture mais je ne me rappelle plus quel escalier j’ai pris tout à l’heure. Il y a plein de petits parkings en terrasses disséminés sur ce centre commercial. Probablement marqués d’une lettre ou d’un numéro mais je n’y ai pas prêté attention ; naïvement je pensais qu’il n’y avait qu’un seul parking. J’essaie un escalier, puis un autre. Inutile, aucune chance de la retrouver, ils se ressemblent tous. Béton gris exclusivement.

    Je reviens à chaque fois dans le vaste couloir pour chercher une autre issue de sortie. C’est à ce moment là que j’ai croisé un copain accompagné d’un de ses amis. Enfin, je suis sûre que je le connais mais pas moyen de me rappeler qui il est. Je sais juste qu’il est sympathique. Et que je l’ai vu il n’y a pas très longtemps. C’est un petit bonhomme barbu, les yeux rieurs. Mais peut-être que c’est seulement quelqu’un qui lui ressemble. Non, il a l’air de me connaître et m’entraîne avec lui dans ses projets.

     

    À l’auberge, c’est un cirque monstre. Il doit bien y avoir une vingtaine de motards, plusieurs ont amené leur petite famille. Il y en a même un qui a monté sa moto dans le couloir histoire d’épater la galerie. Ça rit, ça parle fort, ça bouge dans tous les sens. Le calme finit par revenir dans la nuit, deux chambres ont été réservées pour cette bande de joyeux trublions. Dans la mienne, c’est un simple alignement de matelas de mousse posés à même le sol, une dizaine, les uns à côté des autres. Allongée dans la pénombre, je regarde mon voisin de droite. Ou plutôt mes voisines. Ce sont trois vieilles dames qui discutent entre elles. L’image est surprenante. Anachronique même. Font-elles parties du groupe ? Elles ont mis la télé en route, le son au plus bas pour ne pas déranger. À ma gauche, un corps endormi enveloppé dans son sac de couchage. Je fixe le plafond.

    L’inconnu de gauche me surprend lorsqu’il me demande à quoi je pense. Je connais sa voix, je crois savoir qui c’est. Mais ça ne peut pas coller, ça fait trois ans que je ne l’ai pas revu. Et puis, si, pourquoi ça ne serait pas lui ? Il fait trop sombre pour pouvoir distinguer les traits de son visage. Je lui réponds rapidement que ça m’ennuie d’être là parce que j’ai une maison à quelques mètres d’ici mais que je n’ai pas les clés. Tout ça parce que j’ai perdu ma voiture sur le parking du centre commercial. Ce qui serait bien, c’est d’y aller maintenant, elle doit être la seule stationnée là bas, plus facile à retrouver. J’ai à peine fini ma phrase qu’il se lève. Lorsque je détache enfin mes yeux du plafond, il est en train d’enfiler son blouson de moto. Son idée, c’est d’y aller maintenant, il m’emmènera. Le jour s’est levé, je n’ai pas dormi. J’enfile mon cuir à mon tour mais je ne remets pas la main sur mon casque. Il doit être dans l’autre chambre.

    On se dirige silencieusement vers le couloir, laissant là toutes les autres formes endormies et les trois vieilles qui ne nous prêtent aucune attention. Je vois le motard en pleine lumière maintenant, je ne le connais pas. Je clenche doucement la porte de la chambre voisine, tout éclairée. Dans l’entrebâillement, le long du mur, deux lits superposés à tubulures rouges collés à deux autres lits superposés identiques. Il y a un couple dans le lit du bas mais ils ne m’ont pas entendue. Dans celui du haut, un homme me regarde surpris, sa copine l’est tout autant et s’arrête dans sa tentative de le rejoindre son ami en passant à quatre pattes d’un lit à l’autre. C’est lorsque je referme la porte que je me rends compte que les deux filles se ressemblaient étrangement.

    Je tente la chambre suivante, c’est la bonne. Là, le lit superposé a été déplacé. Une petite fille s’est construit son petit coin à elle, entre le mur et les lits. Elle y a mis des guirlandes, quelques citrouilles en plastiques, une sorcière sur son balai pend à un fil. Mon casque est là, dans le coin, juste en dessous d’une araignée en peluche mauve. Je l’extirpe de sa cachette en essayant de ne rien faire bouger du décor et surtout ne pas interrompre la fillette dans son aventure.

    En silence, je rejoins le rez-de-chaussée, précédée du motard, en passant par un escalier très étroit et bien trop raide pour se passer de la rampe. Je me demande comment l’autre zèbre a bien pu monter sa moto à l’étage ! Je suppose qu’il doit y avoir un autre accès, plus facile.

    En arrivant sur le pas de la porte, la lumière soudaine du soleil me fait plisser des yeux. Surprise, j’ai droit au comité d’accueil ! Il y a là six motards, dont deux filles, tous en combinaison de cuir jaune et casques jaunes, et quatre motos. Je ne sais pas comment il a fait pour organiser ça, mais tous ont bien l’intention de m’accompagner pour retrouver ma voiture. J’ignore volontairement les deux chaises de camping qui entourent une petite table pliante saturée de bols propres, café chaud, petits pains et croissants, je suis sur la défensive. Trop de gentillesse, trop d'attentions, ça craint. On discute de qui emmènera qui. Finalement, personne ne m’emmènera, je prends une des motos. Et puis, je ne trimballe personne, en tout cas, pas de fille. Celle qui est derrière moi s’inquiète : « Ça craint pas trop la différence de poids ? ». Je la regarde méchamment : « Tu n’as pas entendu ? J’ai dit pas de fille ! ».

     

    -oOo-

     

    Faut que j’arrête de faire des siestes, je ne suis pas sûre que ce soit vraiment reposant !

     

    Quand je serai vieille, je serai méchante

    Ça m’a pris comme ça. À la pause de midi. Une pensée qui traverse la tête alors qu’on ne lui a rien demandé.

     

    En plus, cette idée m’a fait plaisir. Beaucoup plus jouissif finalement d’être méchante. Ne serait-ce que parce qu’il est de bon ton d’être gentil. Et que même quand je serai méchante, il y aura toujours une tête de gentil qui tentera de se hisser par-dessus mon mur, un bien intentionné dégoulinant de bons sentiments. Il me regardera de son air angélique et essayera d’entamer la conversation, de m’amadouer, de me faire prendre conscience de ma méchanceté, de la beauté du monde et tout le tralala.

    Moi, je le regarderai droit dans les yeux, hargneuse, agressive, cruelle. Je m'amuserai à le voir déployer tous ses efforts pour me faire changer. Peiner, s’échiner, suer sang et eau pour me rendre sociable. Je tiendrai bon. Je lui répondrai méchamment. L’enverrai balader. L’insulterai, lui et ses clones. Jusqu’à l’épuisement. Jusqu’à ce qu’il se résigne, qu’il abdique. Parce que j’ai choisi d’être méchante. Pas par inadvertance. Même pas parce que la vie a été dure pour moi. Aucune raison, aucune excuse. Aucun argument pour contrer.

     

    Et puis je serai moche, vieille, ridée et voûtée, comme les sorcières des contes de fée. Toute pourrie du cœur. Ça débordera, ça se verra à l’extérieur. Pour leur faire peur à tous ces gentils. Pour me faire craindre. Pour repousser tout le monde. Un espace vide autour de moi. Mon espace. Mon univers. Et mon entière liberté dans ce vide. Et la totale solitude. Enfin tranquille.

     

    Dépendances

    Gina dirige un petit commerce. Elle lui a dit qu’elle voulait être son esclave, être à genoux devant lui ; que s’il cherchait une domestique, il pouvait considérer qu’il en avait une s’il voulait bien d’elle. Elle se soumettrait au moindre de ses caprices ; elle le servirait comme il se doit, avec dévouement ; le plus petit de ses désirs serait comme un ordre pour elle, qu’elle s’empresserait d’exécuter. Elle en serait fière.

    Elle voulait le contempler, l’admirer, l’adorer ; elle lui a dit qu’elle était à lui, corps et âme. Elle lui appartiendrait et il pourrait en faire ce que bon lui semblerait.

    Elle l’a supplié à genoux (ce qui, de toute manière était sa place auprès de lui) de pouvoir trouver le temps de lui écrire.

    Elle serait probablement la plus heureuse des femmes de pouvoir lui appartenir.

     

    Dana est en fac de droit. Elle voulait être à son service, faire son ménage, sa cuisine, mais surtout être à ses pieds ; jusqu’à les lui lécher ; servir de paillasson. Elle aurait tout accepté de lui, même être écrasée sous ses chaussures, ou qu’il lui crache dessus.

     

    Nadia est au chômage. Elle voulait être son jouet à quatre pattes, attachée à la laisse. Elle aussi voulait lui lécher les pieds. Elle ne lui aurait rien refusé, rien. Même pas de lécher sa semence répandue sur le sol, même pas se faire monter dessus comme un cheval, avec les bottes et tout le reste, même pas le regarder aimer une autre femme, rien.

     

    On pourra dire que ce n’est pas ici de l’amour égoïste qui n’a d’amour que le nom, mais un amour quasi religieux, qui se donne entièrement.

     

    Se savoir aimé avec passion, jusqu’à l’abandon de soi… Avoir su conquérir, attirer, charmer, jusqu’à subjuguer, captiver, envoûter…

     

    Il est beaucoup d’hommes qui trouveraient cette situation très enviable, en plus d’être facile à vivre (le mâle, paraît-il, est fainéant) et surtout particuilèrement excitante. Pourquoi pas ! la soumise a son charme…

     

    Finalement, rien de choquant dans tout ça. Sauf que…

     

    C’est Georges qui m’a dit qu’il voulait être mon esclave, être à genoux devant moi ; que si je cherchais un serviteur, je pouvais considérer que j’en avais un si je voulais bien de lui. Il se soumettrait au moindre de mes caprices ; il me servirait comme il se doit, avec dévouement ; le plus petit de mes désirs serait comme un ordre pour lui, qu’il s’empresserait d’exécuter. Il en serait fier.

    Il voulait me contempler, m’admirer, m’adorer ; il m’a dit qu’il était à moi, corps et âme. Il m’appartiendrait et je pourrais en faire ce que bon me semblerait.

    Il m’a supplié à genoux (ce qui, de toute manière était sa place auprès de moi) de pouvoir trouver le temps de lui écrire.

    Il serait probablement le plus heureux des soumis de pouvoir m’appartenir.

     

    C’est David qui voulait être à mon service, faire mon ménage, ma cuisine, mais surtout être à mes pieds ; jusqu’à me les lécher ; me servir de paillasson. Il aurait tout accepté de moi, même être écrasé sous mes chaussures, ou que je lui crache dessus.

     

    C’est Nicolas qui voulait être mon jouet, à quatre pattes, attaché à la laisse. Lui aussi voulait me lécher les pieds. Il ne m’aurait rien refusé, rien. Même pas de lécher sa propre semence répandue sur le sol, même pas se faire monter dessus comme un cheval, avec les bottes et tout le reste, même pas me regarder aimer un autre homme, rien.

     

    Et Éric, et Julien…

     

    Est-ce que dans ce sens, la situation est toujours aussi acceptable ? Ne devient-elle pas dérangeante ? N’aurait-elle pas un goût de perversité ?

     

    Est-ce que les femmes qui me lisent se sentiraient prêtes à assumer un tel rôle dominant et à l’aimer ? Est-ce qu’elles trouveraient ça « facile à vivre » ?

    Est-ce que les hommes qui me lisent ne se sentent pas un peu agressés dans leur virilité devant tant de bassesses ?

    Il y a tant de femmes qui rampent, adulent, encensent sans aucune fierté, sans aucune notion de leur propre valeur, cherchant le moindre signe que l’on s’intéresse à elles, même si ce signe apporte souffrance et dévalorisation. Tout, sauf l’indifférence.

    Comme ces gamins qui font bêtises sur bêtises histoire d’attirer l’attention de ceux qui sont censés les aimer…

    Humeur (suite)

    Carrie, Miranda, Samantha et Charlotte, ça vous dit quelque chose ? Ce sont les quatre nénettes de « Sex and the City », caricatures de femmes, excessives et attachantes… Le succès de cette série tient surtout au fait que toute femme se retrouve dans l’une ou l’autre de ces filles new-yorkaises, chacune d’elles, tour à tour, selon l’humeur du moment. Car c’est bien de cela dont il s’agit, chaque femme peut être à la fois Carrie recherchant l’Amour et se posant tout un tas de questions à chacune de ses rencontres, Miranda l’indépendante, passionnée par son boulot et qui n’a pas besoin d’homme dans sa vie, Samantha la boulimique de sexe qui se refuse aux sentiments ou Charlotte qui ne vit que par le grand mariage en blanc, le foyer et les enfants…

     

    Quatre caractères très différents dans un seul corps, quatre personnalités réparties de façon inégale avec lesquelles il faut composer au jour le jour, la difficulté du jeu (et l’intérêt) résidant dans le non avertissement du changement de camp. Le piège, parce qu’il y en a un, bien sûr, c’est le choix de l’une de ces images donnée par chaque femme, l’image dominante. Un esprit simple s’imaginera côtoyer une femme déterminée, directive et indépendante et ne comprendra pas qu’à ses heures elle ait besoin de se confier, de parler, d’être rassurée ; un autre sera fier d’être marié à l’épouse parfaite, limite vierge au mariage et ne pensant qu’au bonheur de sa maison et se retrouvera totalement désemparé lorsque sa charmante moitié, dans un moment de révolte interne lui demandera de l’attacher au plafond !

     

    L’homme idéal (on peut rêver…) sera celui qui saura s’adapter à toutes ces variations, deviner le bon moment pour être l’ami confident, l’amant bestial, l’époux amoureux… ou l’ombre.

     

    Alors, pour tous ceux que mon billet d’humeur à propos des éponges a choqué, je signale que je cherche encore mon 4 en 1 et que, en attendant je persiste et signe : à chaque homme son usage…

     

    Humeur

    A chaque homme son usage, au même titre qu'on n'utilise pas la même éponge pour faire la vaisselle ou nettoyer la cuvette des toilettes.